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Monthly Archives: décembre 2008

La cruauté du chrono

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 A terre, courir après le temps est un combat perdu d’avance. Mieux vaut le prendre, son temps. En mer, courir après le temps est terriblement cruel. Il n’y a pas d’adversaire à contrôler. C’est une course contre la montre, contre l’invisible… Thomas Coville, qui a passé le Cap Horn dimanche soir après 40 jours de mer, en fait l’expérience. Il a beau se battre comme un beau diable, les conditions météo ne lui permettent pas de rivaliser avec le chrono de Francis Joyon.

 

Au passage du cap Horn, Coville accusait donc plus de 4 jours de retard sur Joyon et reconnaissait que le retard qu’il a le rongeait ! Quel enfer ! Voilà un marin qui navigue en solitaire dans les mers les plus hostiles du monde, qui raconte l’angoisse du slalom entre les glaces, du chavirage qui lui pend au nez, du calvaire de devoir remplacer des lattes dans le froid, et qui doit en plus vivre avec le stress du chrono qui défile en sa défaveur…

 

Peut-il rattraper 1344 milles (plus de 4 jours) de retard dans la remontée de l’Atlantique ? Ça ne paraît franchement pas évident, même si Joyon n’avait pas été très rapide dans sa remontée. Mais tant qu’il y a de l’espoir…

 

Le plus cruel dans tout ça, c’est que Coville réalise une performance surhumaine. En cas d’échec, il aura gagné une expérience supplémentaire unique, quelques cheveux blancs et l’estime et la reconnaissance de tous face à un exploit unique en son genre. Mais qui malheureusement ne restera pas dans les livres des records…

 

Lisez son interview ci-dessous, c’est tout simplement impressionnant !

 

« On a trouvé un trou de souris entre deux amas (de glaces, ndlr). Tu vas très vite et tu as des glaces tout autour de toi avec une visibilité très réduite. On avait prévu un renforcement du vent qui s’est manifesté sous la forme d’une dépression très creuse avec des rafales à 50 nœuds et une mer croisée et dure. Ce fut difficile pendant 24 à 36 heures à naviguer dans des creux de six à huit mètres. Tu dévales en bas de la vague, tu es déventé, alors qu’en haut il y a 40 à 50 nœuds qui te font partir dans des surfs où tu ne gères plus. La vague suivante te catapulte ou te met de travers. C’est une situation très impressionnante, à tel point que le pilote s’est mis deux fois en vrille. Le bateau est parti à l’abattée dans une vague et là j’ai vraiment cru que j’allais chavirer. J’ai dérapé sur le côté de la vague, la bôme est passée de l’autre côté et a de nouveau tout arraché sur son passage.
Après le passage de cette dépression, j’ai voulu renvoyer de la toile dans le vent qui mollissait pour éviter que le flotteur au vent ne cogne trop et là, je me suis fait prendre dans une rafale à 50 nœuds. Le mouvement de la vague a fouetté la grand-voile qui s’est dégonflée puis regonflée. Au final, quatre lattes de cassées.

Même si le retard que j’ai me ronge, je garde en moi cette détermination et la satisfaction d’être avec un bateau sur lequel je me sens très bien, un bateau qui réagit parfaitement, qui n’a subi que des avaries minimes malgré les conditions très dures. De passer le Horn avec Sodeb’O me fait un plaisir immense. Le Horn, c’est une sorte de délivrance. De Bonne Espérance au Horn, s’il t’arrive une tuile, tu es dans une situation très critique surtout dans un programme de solitaire et de record où tu n’as autour de toi que la solitude. En multicoque, tu es très exposé. Après le Horn, tu as une côte, du trafic. La pression est différente et te permet d’être dans un autre état d’esprit. Quand on voit l’état de la flotte du Vendée Globe, on peut être fier du bateau que nous avons construit. Je comprends aussi mieux pourquoi Groupama 3 s’est détruit l’hiver dernier. On est dans une période météo difficile avec des enchaînements violents et très rapides. Quand tu es dans un seul système, il ne se crée pas une telle mer. Alors que quand tu vis avec une succession de dépressions, la mer devient très chaotique et très dure. On n’est vraiment pas fait pour vivre dans ces endroits-là… »

 

Yann Eliès sauvé

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Ce titre n’est pas usurpé lorsqu’on lit l’article de Libération du jour. Un article qui fait froid dans le dos lorsqu’on apprend, de la bouche du Dr David McIlroy, le médecin australien du HMAS Arunta interrogé par l’AFP, que Yann n’avait plus qu’une  bouteille  de 60 cl de Coca-Cola à moitié pleine. « Vous ne pouvez pas tenir très longtemps avec 30 centilitres d’eau sucrée. S’il n’avait pu être secouru, il serait mort en mer dans les deux jours", a estimé M. McIllroy. Il ne pouvait pas atteindre sa trousse de survie, qui était à deux mètres de lui, ni sa nourriture". McIlroy a précisé qu’Eliès, épuisé mentalement et physiquement après son calvaire, avait tout de même trouvé la force de manger et de parler, pour dire que ce qu’il désirait par dessus tout, c’était "d’être sur la terre ferme". »

Le premier diagnostic du médecin confirme la fracture du fémur et y ajoute plusieurs côtes fracturées et de possibles dommages à un poumon, toujours selon Libération.

Mais quelle horreur ! Comment a-t-il fait pour supporter un tel enfer ? L’accident vécu par Yann pour se fracturer d’une part le fémur – l’os le plus gros du corps –  et d’autre part des côtes a dû être d’une rare violence. Pour avoir navigué une fois par 30 nœuds de vent avec une côte “juste“ fêlée, je n’ose imaginer le calvaire qu’a vécu Yann, seul sur son bateau. Ramper de l’étrave jusqu’à la table à cartes et mettre le bateau à la cape relève réellement de l’exploit surhumain.

Yann Eliès a donc été sauvé par la Marine Australienne, mais aussi par la présence réconfortante de Marc Guillemot resté 36 heures à ses côtés pour le soutenir moralement. Ce qu’a fait Marco mérite aussi tous les honneurs. Tourner autour du bateau de Yann, trouver les bons mots, le soutenir psychologiquement pour lui donner la force d’atteindre ses médicaments a permis à Yann de supporter ses douleurs atroces. Aujourd’hui, Guillemot a repris sa course. Mais dans quel état est-il à son tour après avoir jeté toute son énergie physique et morale pour aider Yann ? Pas facile de replonger dans les Quarantièmes Sud et de se reconcentrer sur sa course. D’autant qu’il lui reste toujours un bout de rail de mât à réparer…

Par leur courage et leur abnégation, Yann Eliès et Marc Guillemot sont les deux premiers héros de ce Vendée Globe. Et à la vérité, on préférerait qu’il n’y en ait pas d’autres…

 

La coque centrale

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 Un mois s’est écoulé entre les deux photos ci-dessous où l’on voit la coque centrale du trimaran 50 pieds Groupe Actual en construction au chantier JPS Production de La Trinité-sur-Mer.

 

La construction est réalisée en deux demies coques sur moule femelle. Les photos sont prises de l’étrave et les bords extérieurs du moule correspondent au pont, ceux intérieurs au fond de la coque.

 

 

Sur la première photo, on voit les deux moules de coque nus. Les techniciens y placent des tasseaux de bois qui vont servir pour préformer la mousse aux formes de la future coque centrale. Ces tasseaux seront ensuite retirés du moule. Comme le veut la jauge de la Classe 50 pieds, Groupe Actual n’est pas construit en carbone mais en sandwich mousse et fibre de verre.

 

 

Le carbone n’est autorisé qu’avec parcimonie, comme on peut le voir sur cette deuxième photo, notamment au niveau du renfort d’étai sur la demie coque de gauche – le rectangle noir un mètre en arrière de l’étrave. On devine aussi à droite, sous la bâche, le renfort longitudinal en carbone qui court tout le long du bordé. Un mois après la première photo, on voit la fin de la pose de la mousse du sandwich, ce qui suppose évidemment que la peau extérieure de la coque soit déjà en place. Reste à poser la peau intérieure et à cuire le tout…

 

Prochaines images début janvier.

La mascarade continue ?

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Alors, on efface tout et on recommence ! C’est un peu le message d’Alinghi aujourd’hui en annonçant que pas moins de 18 challengers – oui, vous avez bien lu dix-huit – se sont inscrits avant la date butoir (15 décembre 2008). Il se pourrait que la 33e Coupe de l’America ait lieu en 2010 à Valence (vous remarquerez ici l’emploi du conditionnel). On efface donc au passage l’ancien calendrier, les AC90 et la querelle juridique qui traîne depuis un an et demi.

 

dix-huit, c’est un joli nombre, mais combien s’engageront réellement ? Car presque personne n’a le budget aujourd’hui. Or, la première régate en 2010 devrait avoir lieu dans 15 à 20 mois ! C’est-à-dire demain à l’échelle de la Coupe. J’imagine mal que ces dix-huit équipes vont toutes, en pleine crise, trouver entre 15 et 50 millions d’euros dans les trois mois. Et lancent la construction d’un monocoque l’été prochain. Ou au plus tard à l’automne.

 

Petit inventaire des prétendants : sur les dix-huit, on trouve déjà six Italiens (Luna Rossa, Mascalzone, Joe Fly, Green Comm, Argo et Dabliu), deux Français (K-Challenge et French Spirit), deux Espagnols (Desafio et Ayre) et encore huit autres : Shosholoza (Afrique du Sud), Team Origin (GBR), Team New Zealand, DCYC (Allemagne), Victory (Suède), Russia Team, Greek Challenge et China Team. Pour info, China Team repart sans le triumvirat Mas-Gellusseau-Lesquen. Ça promet !

 

Allez, si on retire à la louche quatre équipes italiennes, une française, les Allemands, les Russes, les Sudafs, les Chinois et les Grecs, il doit rester entre 8 et 10 équipes comme à chaque fois. Et encore, c’est plutôt optimiste en période de crise. D’ici donc à ce qu’Alinghi repousse encore la Coupe à 2011, il n’y a qu’un pas…

 

Les AC90, trop chers, ont du coup disparu des tablettes. Les monocoques – toujours un seul par équipe – ne mesureront plus que 80 pieds. Ça fait toujours 10 pieds de plus que les Class America. Y a-t-il là une véritable économie à faire ? Pas sûr. Cela ressemble plutôt à une remise à zéro des compteurs pour tous les design team. Avec toujours un coup d’avance pour Alinghi qui décidera de la nouvelle jauge, soi-disant en concertation avec les challengers. A voir. En tout cas, aucun design team de challenger ne peut aujourd’hui plancher sur la jauge AC80 puisqu’elle ne sera connue que le 31 janvier.

 

Quant au nouveau calendrier, un modèle de précision suisse, il ne tient évidemment pas compte du dernier bras de fer juridique le 10 février prochain devant la Cour d’Appel de New York. Voici la perle :

- Trois pré-régates à Valence en juillet, octobre et novembre 2009 sur des Class America version 5.

- La 33e Coupe de l’America en 2010 sur les bioutifoule AC80. Il faut savoir que le Deed of Gift permet de régater dans l’hémisphère Nord jusqu’au 31 octobre.

 

Finalement, la seule victoire du jour d’Alinghi est d’avoir exclu BMW Oracle Racing de la 33e Coupe en cas de victoire suisse le 10 février. Et d’avoir trouvé dix-huit gogos pour accepter un protocole tout à sa faveur en accusant au passage les Américains d’être les empêcheurs de régater en rond… S’ils y arrivent, ce sera en même temps un cas historique en 157 ans de Coupe de l’America. Une édition sans aucune équipe américaine ! Ils sont quand même forts ces Suisses…

La Coupe en pleine crise

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 La crise économique a rattrapé la crise juridique que connaît la Coupe de l’America depuis maintenant 18 mois. J’avoue que, comme beaucoup de passionnés de la Coupe, je suis un peu largué – ou désabusé – par l’imbroglio juridique et la guerre de communication qui oppose Alinghi et Oracle. Hier, je lisais la lettre du Golden Gate Yacht Club refusant de participer à l’America’s Cup d’Alinghi, pardon à l’ « Alinghi’s Cup » comme ils l’écrivent cyniquement, et d’accentuer leurs efforts juridiques en vue de l’appel prévu le 10 février. Quelle surprise ! A noter que le 10 février tombe en plein Louis Vuitton Pacific Series (LVPS). A la place de Team New Zealand, je serai inquiet de leur laisser un Class America chacun… Dans la phase de pré-départ, ils seraient fichus de s’attaquer de front, façon chevaliers, avec les tangons en guise de lances !

 

Aussitôt lu, Alinghi répliquait par un communiqué pour dénoncer les méchants Américains. A mon sens, personne n’est blanc comme neige dans cette histoire. Malheureusement, les nombreux challengers qui attendent religieusement – on ne les entend pas beaucoup – que la justice fasse son travail sont de moins en moins nombreux. Les Allemands ont mis – définitivement peut-être – la clé sous la porte avec le retrait de leur partenaire principal, Audi, à cause de la crise économique. Pour la même raison, Vincenzo Onorato*, le patron de Mascalzone Latino qui n’est pourtant pas à plaindre financièrement, a écrit une lettre s’excusant de retirer son inscription aux LVPS.

 

 

Sur les 23 équipes intéressées, dix-sept ont payé leur inscription et sept se sont retirés dont le French Spirit de Marc Pajot. Les raisons de ce retrait-là sont multiples. D’abord une question floue de liste d’attente. D’autre part le coût important pour une équipe, estimé selon Pajot entre 250 et 300 000 euros. Ensuite, le temps de préparation limité pour bien figurer. Enfin, la concordance de l’arrivée du Vendée Globe qui limitera fortement les retombées en France.

 

Les dix équipes inscrites aux LVPS : Team New Zealand, Alinghi, Oracle, Luna Rossa, Team Origin, K-Challenge, Shosholoza, China Team, Italia (Vasco Vascotto) et une équipe grecque.

 

Info de dernière minute : Troublé prétend que, si l’imbroglio juridique perdure, ce nouveau rendez-vous pourrait connaître une suite. New York, Durban (Afrique du Sud) et Hong Kong auraient fait acte de candidature.

*Vincenzo Onorato est le pdg de la compagnie maritime italienne Moby Lines dont les ferries assurent les liaisons entre l’Italie et les îles méditerranéennes (Sardaigne, Sicile, Corse, Elbe, etc.).

Le renouveau des tris 50 pieds

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 Je connais Yves Le Blévec depuis 2001 et le circuit Mini où nous régations ensemble. La construction de son trimaran 50 pieds Groupe Actual sera la première histoire suivie régulièrement dans ce blog. En voici un premier "aperçu" en photos. J’y reviendrai plus précisément très bientôt…

 

 

Ci-dessus, Yves dans la maquette en bois à l’échelle 1 de son cockpit (photo du 30 octobre). On aperçoit la descente décentrée sur tribord avec le piano à bâbord. Admirez la précision des winches en carton !

 

Et Yves à son poste de barre avec le winche de rail d’écoute de GV dans la main droite et le tube plastique qui symbolise la barre dans la gauche. Ne manque plus que le pare-brise et les embruns !

 

Des mobylettes neuves !

 

A l’arrivée de la dernière Route du Rhum, j’ai eu la chance de faire une sortie en mer à bord du Crêpes Whaou de Franck-Yves Escoffier. C’est sûr, ce ne sont pas les sensations d’un 60 pieds Orma, mais quel plaisir quand même, et surtout quelle facilité ! De vraies petites mobylettes super simples à utiliser. Virer de bord est un jeu d’enfant. Pas de mât basculant, pas de foils, pas de trimmer de dérive… Non, juste pousser la barre et reborder les voiles. Comme sur un bateau de croisière. Les sensations en plus !

 

La disparition (temporaire ?) de la classe Orma semble profiter à sa petite sœur, la Class 50’ Open, jusqu’à présent outrageusement dominée par Franck-Yves Escoffier. Trois nouveaux projets sont actuellement en construction :

 

Le Groupe Actual d’Yves Le Blévec (plan Verdier)…

 

 

le Prince de Bretagne d’Hervé Cléris (plan Irens/Cabaret)…

 

 

et le nouveau Whaou de Franck-Yves (plan VPLP), dont je n’ai pas encore trouvé d’image.

 

Une remarque au passage pour les deux premiers : faudrait peut-être éviter les décos trop ressemblantes, non ?

 

 Avec l’ancien Whaou, cela fera quatre bateaux compétitifs pour la prochaine Transat Jacques Vabre, ce qui n’était plus arrivé dans cette classe depuis bien longtemps. Cela ne fait pas encore une vraie flotte mais démontre une certaine dynamique qui pourrait entraîner d’autres projets pour la Route du Rhum 2010.

 

Une nouvelle course spécifique à cette classe sera annoncée au salon de Paris le vendredi 12 décembre. La Route de l’Ambre partira en juin 2009 de Saint-Quay-Portrieux pour rejoindre Klaipeda en Lituanie. Malheureusement, aucun des nouveaux bateaux ne devrait être prêt pour la première édition. Dommage…