Ce titre n’est pas usurpé lorsqu’on lit l’article de Libération du jour. Un article qui fait froid dans le dos lorsqu’on apprend, de la bouche du Dr David McIlroy, le médecin australien du HMAS Arunta interrogé par l’AFP, que Yann n’avait plus qu’une  bouteille  de 60 cl de Coca-Cola à moitié pleine. « Vous ne pouvez pas tenir très longtemps avec 30 centilitres d’eau sucrée. S’il n’avait pu être secouru, il serait mort en mer dans les deux jours", a estimé M. McIllroy. Il ne pouvait pas atteindre sa trousse de survie, qui était à deux mètres de lui, ni sa nourriture". McIlroy a précisé qu’Eliès, épuisé mentalement et physiquement après son calvaire, avait tout de même trouvé la force de manger et de parler, pour dire que ce qu’il désirait par dessus tout, c’était "d’être sur la terre ferme". »

Le premier diagnostic du médecin confirme la fracture du fémur et y ajoute plusieurs côtes fracturées et de possibles dommages à un poumon, toujours selon Libération.

Mais quelle horreur ! Comment a-t-il fait pour supporter un tel enfer ? L’accident vécu par Yann pour se fracturer d’une part le fémur – l’os le plus gros du corps –  et d’autre part des côtes a dû être d’une rare violence. Pour avoir navigué une fois par 30 nœuds de vent avec une côte “juste“ fêlée, je n’ose imaginer le calvaire qu’a vécu Yann, seul sur son bateau. Ramper de l’étrave jusqu’à la table à cartes et mettre le bateau à la cape relève réellement de l’exploit surhumain.

Yann Eliès a donc été sauvé par la Marine Australienne, mais aussi par la présence réconfortante de Marc Guillemot resté 36 heures à ses côtés pour le soutenir moralement. Ce qu’a fait Marco mérite aussi tous les honneurs. Tourner autour du bateau de Yann, trouver les bons mots, le soutenir psychologiquement pour lui donner la force d’atteindre ses médicaments a permis à Yann de supporter ses douleurs atroces. Aujourd’hui, Guillemot a repris sa course. Mais dans quel état est-il à son tour après avoir jeté toute son énergie physique et morale pour aider Yann ? Pas facile de replonger dans les Quarantièmes Sud et de se reconcentrer sur sa course. D’autant qu’il lui reste toujours un bout de rail de mât à réparer…

Par leur courage et leur abnégation, Yann Eliès et Marc Guillemot sont les deux premiers héros de ce Vendée Globe. Et à la vérité, on préférerait qu’il n’y en ait pas d’autres…