Beaucoup de gens s’étonnent qu’il n’y ait plus que douze concurrents en mer sur trente au départ dans le Vendée Globe. Soit 40% de la flotte encore en course. Et déjà les mêmes remises en cause qui reviennent. C’est pas normal. C’est dangereux. Trop fragile. C’est une hécatombe, etc.

 

Mais si, c’est normal, c’est un sport mécanique. Et 40% de la flotte encore en course sur un tour du monde en solitaire, sans escale ni assistance, est une performance à souligner. Pas à critiquer. Surtout quand on voit les conditions dantesques qu’ils ont rencontrées cette année. Chaque abandon a une raison différente et il n’y a pas de généralités à tirer sur la prétendue fragilité des 60 pieds Imoca.

 

Au même moment, il est amusant de voir que personne dans le microcosme de la voile ne s’étonne du carnage sur la 4e étape de la Volvo Ocean Race.

 

Rappel des faits :

-       7 bateaux au départ de Singapour suite au retrait de Team Russia pour raisons financières.

-       Deux abandons à Taïwan. Telefonica Black (craquement à bord, fissures) et Delta Lloyd (problème de structure). Delta Lloyd s’était déjà arrêté aux Philippines pour réparer sa barre à roue HS et des avaries de grand-voile et de rail de GV. Ce même bateau avait connu une avarie de quille le 19 décembre sur l’étape précédente. Joli palmarès…

-       Une sérieuse voie d’eau : Ericsson 3. « Fissure de 4 mètres et trou béant à l’avant » selon les mots de l’équipage. En escale à Taïwan aussi. Pas sûr qu’ils finissent l’étape. 

-       Deux autres VO 70 endommagés : Puma (bôme cassée et renforts longitudinaux de la coque cassés). Escale aux Philippines. Et Green Dragon (rupture d’étai + structure avant endommagée). Réparations aux Philippines et reparti en course également.

 

© Guo Chuan/Green Dragon Racing/Volvo Ocean Racing

Photo ci-dessus : l’équipage de Green Dragon en train de réparer la structure du bateau en mer.

 

Si on fait le bilan, il ne sont plus que quatre en course, et deux bateaux seulement sont passés à travers les gouttes de la tempête en mer de Chine (Telefonica Blue et Ericsson 4) — à lire d’ailleurs au passage l’excellent blog de Sidney Gavignet. Deux sur sept, cela représente seulement 28% de la flotte au départ (à comparer aux 40% du Vendée Globe). Et juste sur une étape de 2500 milles. Pas sur un tour du monde complet… La multiplication des avaries structurelles, des ruptures d’étai, délaminages et avaries de quille sur les quatre premières étapes est inquiétante à quelques semaines du départ de la plus longue étape (12 000 milles) entre Qingdao et Rio.

 

Bien sûr, les deux événements n’ont rien à voir entre eux. Les marins de la Volvo tirent beaucoup plus sur les machines que les solitaires du Vendée Globe. Mais cela permet juste de relativiser sur le pourcentage et les raisons d’abandons dans le Vendée Globe. 

 

MAJ 29/01 : une bonne idée de l’ambiance à bord en mer de Chine sur cette vidéo