Suite à mon post intitulé « trop de courses ! », nous avons reçu une demande de droit de réponse de Régis Charpentier, l’organisateur de la Route de l’Equateur, qui considère les informations pour partie fausses, et pour partie diffamatoires. Voici son droit de réponse, bien évidemment suivi de quelques mises au point adéquates de ma part…

 

« Il est écrit
 
« Une première édition financée par une dictature africaine »
 
 « La deuxième édition rassemblait sept Class 40 grassement rémunérés pour participer à une course qui n’attire pas les coureurs, si ce n’est pour ses primes faramineuses. Le tout arrosé de fallacieuses préoccupations humanitaires. Franchement honteux ! »

 
Permettez moi de répondre
-          La première édition fut financée par une association marseillaise qui recevait ses financements de trois parties – le Port autonome de Pointe Noire, la mairie de Pointe Noire et les entreprises françaises privées installées à pointe noire. Quoi de différent des courses comme le Vendée Globe ? La course ne fut donc pas « financée » par une « dictature ».
-          la deuxième édition réunissait 8 voiliers et jusqu’à l’arrivée après plus de 4500 MN parcourue le suspens sportif fut entier.
-          Interviewez Sébastien Josse, Philippe Monnet, Bertrand de Broc, Jean Francois Durand, Florence Arthaud et tous les skippers qui se sont inscrits au départ des deux éditions et vous verrez qu’ils étaient intéressés aussi bien par le parcours sportif que par la destination originale de la course. Je pense même que Sébastien n’a jamais de sa carrière de sportif reçu l’accueil festif et chaleureux qu’il a reçu lors de son arrivée au CONGO – 40 000 personnes sur la plage et des « fans » bloquant la sortie de son hôtel lors de son séjour à Pointe Noire.
-          Comment peut on parler de préoccupations humanitaires fallacieuses quand 50% des primes de course (30 000 euros) ont été reversées à des associations d’intérêt général comme le SIDACTION, sous la forme de conventions en bon et due forme, leur demandant d’investir les sommes versées dans le pays de destination.
-          Des classe 40 grassement rémunérés : sachez que les sponsors privés de cette épreuve ( regroupés sous UNICONG0) ont effectivement versé des sponsoring complémentaires à certains voiliers pour qu’ils portent les couleurs des associations humanitaires que la course soutenait. Est-ce franchement honteux ? Est-ce vraiment honteux de faire livrer une palette de matériels de classe dans 20 des écoles de Pointe Noire qui en manquent cruellement, payée par la société BIC sponsor de la course. Les 10 000 € versés par les sponsors de la course aux associations des enfants des rues auraient ils mieux faits d’être uniquement investis sur l’image de ces mêmes sociétés sur une course comme le Vendée Globe ? Les 15 000 € versés aux associations de lutte contre le SIDA à Brazzaville ou Pointe Noire ne trouvent elles pas une efficacité plus grande qu’investis dans les petits fours de ces m^mes sociétés à l’arrivée de la Route du Rhum ? Qui doit avoir honte de ce qu’il écrit ou de ce qu’il fait ?
 
Ainsi je ne comprends pas le but de ce genre d’article. Le journaliste exerce-t-il correctement son métier via ce genre d’analyse partielle et partiale ? Quel est le but recherché ? Autant de questions à laquelle j’aimerai en toute simplicité obtenir une réponse de votre part.
 
Je respecte la liberté d’expression et de pensée. C’est important pour tous. Mais cette liberté donne des devoirs dont les premiers sont l’honnêteté et la vérité.
Le respect de ses devoirs honore votre profession, leur transgression la décrédibilise. »

 

Et voici ma réponse :

Je n’aurais pas dû écrire « financée par une dictature africaine » mais « en partie financée par une dictature africaine ». Il est vrai que la nuance est de taille. Mais cela ne change pas le fond de l’affaire. Pour le reste, je maintiens tout ce que j’ai écrit et j’en remet une louche puisque cela semble nécessaire.

 

-       « financée par une dictature africaine » : Régis Charpentier reconnaît qu’une partie du budget provient de la mairie de Pointe-Noire. Donc de la République du Congo. Je suis prêt à écouter les arguments de Monsieur Charpentier démontrant que le Congo n’est pas une dictature. Un pays dirigé par Denis Sassou Nguesso, général d’armée arrivé au pouvoir en 1997 après un coup d’état. Est-ce là sa définition d’une démocratie ?

 

-       « sept Class 40 » : non, huit crie tout peiné Régis Charpentier. Soit. Je n’ai pas cru bon de comptabiliser le huitième inscrit de dernière minute, à la demande de l’organisateur et contre rémunération, pour prendre le départ sur un bateau non préparé et abandonner dans les premières 48 heures de course comme le lui avait machiavéliquement suggéré ce même organisateur. Tout cela pour gonfler artificiellement d’une unité le nombre de concurrents au départ. Et du coup se rapprocher des dix bateaux promis au sponsor de la course. Monsieur Charpentier a beau jeu de vouloir donner des leçons d’honnêteté !

 

-       « grassement rémunéré » : cela ne semble donc pas choquer outre mesure Régis Charpentier que la moitié de sa flotte soit financée par le sponsor de la course. Si ce n’est pas là la preuve que cette course n’attire pas sportivement les coureurs, mais uniquement pour l’intérêt financier… Ce qui nous amène aux primes.

 

-       Les « primes faramineuses » justement : 30 000 euros de primes, c’est pas énorme me direz-vous. Mais un mois avant le départ, elles devaient encore s’élever à 400 000 euros ! Ah, beaucoup plus intéressant, n’est-ce pas ? Une réduction des primes qui a d’ailleurs soulevé un tollé auprès d’une partie des concurrents inscrits. Cette réduction s’explique par le budget prévisionnel de 3 millions d’euros non bouclé, et finalement réduit à 2,1 millions. Comme Régis Charpentier aime à se comparer au Vendée Globe, qu’il sache qu’avant décision du jury concernant Vincent Riou, les primes du Vendée Globe s’élevaient à 490 000 euros. Alors 400 000 euros pour sept équipages sur une course inconnue entre Marseille et le Congo, ça me semble effectivement faramineux comparé à trente solitaires sur le Vendée Globe, la course la plus populaire en France, qui vont de leur côté risquer leur vie sur un tour du monde pour 90 000 euros de plus à gagner ! D’ailleurs, petit calcul rapide, cela fait un rapport de 57 000 euros potentiel par inscrit sur la Route de l’Equateur, contre seulement 16 000 euros par inscrit sur le Vendée Globe… A méditer.

 

-       Et tant qu’on est dans les gros sous, continuons : le budget final de la course était de 2,1 millions d’euros pour sept Class 40 (au lieu d’un prévisionnel de 3 millions d’euros pour dix Class 40). A comparer une nouvelle fois à sa juste valeur au 1,7 million de la Transat Jacques Vabre la même année. Une transat qui alignait pour sa part, non pas sept Class 40 mais trente (4 fois plus), auxquels s’ajoutaient cinq trimarans 60 pieds, dix-sept monocoques Imoca et huit trimarans 50 pieds ! Soit soixante bateaux… Pen Duick a visiblement des leçons à prendre en termes de bénéfice à faire sur l’organisation de course au large !

 

-       Ah, j’oubliais les « fallacieuses préoccupations humanitaires » : 50 % des primes annonce donc fièrement Régis Charpentier. Oui, ou bien 3,75% des primes initialement prévues. Ou mieux, 0,71% du budget de la course. Vu comme ça, c’est sûr, on ressent une très forte implication humanitaire. D’autre part, aucun des quatre skippers joints quelques jours avant le départ n’était alors en mesure de dire combien d’argent serait reversé à son association, qu’il n’avait pas forcément choisi d’ailleurs, ni ce qu’allait en faire cette association, ni qui finançait son propre bateau à courir… Preuve de la forte mobilisation en faveur des associations humanitaires !