Hier, ça pouvait passer pour un poisson d’avril, mais aujourd’hui la décision est loin d’être une farce. La Cour d’Appel de New York a donné raison au Golden Gate Yacht Club (GGYC), donc à Oracle, dans sa bataille juridique face à la Société Nautique de Genève (SNG), alias Alinghi. Pour autant, rien n’est définitif concernant la Coupe de l’America. A Oracle et Alinghi de se mettre maintenant d’accord sur la forme de la 33e édition… Duel en multicoque ou Coupe multis challengers ?

 

« Enfin ! » A-t-on envie de dire. Depuis le temps qu’on attendait une décision ferme et définitive. « Un an de perdu » pourrait-on ajouter puisque l’année dernière, le Juge Cahn avait déjà donné raison à Oracle, avant que la Cour d’Appel n’inverse la sentence l’été dernier. En février, à Auckland, Brad Butterworth, skipper d’Alinghi, m’avait déclaré que la Coupe aurait lieu en 2010 à Valence, quelle que soit la décision de la cour de New York. On peut donc penser que les Suisses vont bientôt mettre à l’eau leur propre multicoque – avec six mois de retard sur les Américains – et se préparer à un duel en multicoque l’année prochaine. Mais rien n’est moins sûr tant, dans la Coupe de l’America, les annonces n’engagent que ceux qui y croient. D’ailleurs, Oracle déclarait de son côté, et au même moment, que même en cas de victoire juridique à New York, il restait favorable à une 33e Coupe multis challengers. Cela reste à prouver !

 

Quid pour K-Challenge et French Spirit ?

Finalement, vu le contexte économique actuel, est-ce que cette décision ne serait pas un mal pour un bien ? Stéphane Kandler et Marc Pajot reconnaissent que l’objectif de 2010 n’aurait pas été évident à atteindre. « On aurait été le couteau sous la gorge » avoue Kandler. C’est sûr, les sponsors ne se bousculent pas au portillon. Tous deux se réjouissent surtout que la décision soit enfin tombée. « Cela ne nous empêche pas de travailler, espère Pajot. L’important est que les architectes travaillent sur des études numériques. Je suis d’un naturel optimiste. Ils peuvent encore se mettre d’accord pour une Coupe traditionnelle. » Kandler est plus réaliste. « Ils n’ont pas réussi à se mettre d’accord pendant un an et demi, je ne vois pas pourquoi ils le seraient aujourd’hui. J’attends de voir ce qu’Oracle va proposer, mais je ne pense pas qu’ils feront une Coupe à plusieurs. Il faut juste espérer qu’ils dévoileront un peu leur plan pour la 34e, sinon, on perdra encore un an. Nous avions anticipé les deux scénarios. C’est pourquoi on navigue en attendant sur d’autres supports, en RC44 et sur le World Tour. »

 

Les Français quand même à l’honneur

Si la 33e Coupe de l’America se dispute donc sur des maxi-multicoques, elle aura au moins le mérite d’être spectaculaire et de mettre en valeur le savoir-faire français en matière de multicoques. C’est déjà le cas avec les architectes : VPLP d’un côté, Benoît Cabaret (associé de Nigel Irens) de l’autre. C’est aussi le cas des marins puisque Franck Cammas était le “pilote“ d’essai d’Oracle tandis qu’Alain Gautier conseille Alinghi. Au passage, j’en profite pour saluer le beau doublé de Sébastien Col et Mathieu Richard aux deux premières places mondiales du classement ISAF de match-racing. Chapeau les gars !

 

L’histoire se répète-t-elle ?

En 150 ans, la Coupe de l’America a été jalonnée de grandes histoires, parfois un peu folles, plus rarement juridiques. En 1988, après de semblables péripéties devant les juges, la 27e Coupe de l’America opposait un catamaran américain de 55 pieds à un maxi-monocoque néo-zélandais pour ce qu’on a appelé le non-match – 20 minutes d’écart à l’arrivée ! Pas spectaculaire, cela avait eu pour seul intérêt de déboucher sur une nouvelle jauge, celle les Class America utilisés de 92 à 2007. Espérons que cette 33e édition aura la même issue et qu’une nouvelle jauge, plus spectaculaire que les Class America, verra le jour pour au moins les cinq éditions suivantes…