La voile nous offre des instants rares d’intensité. Des purs moments de bonheur et parfois de dures épreuves à encaisser. Des larmes de joie comme celles de Thomas Ruyant, superbe vainqueur de la Transat 6.50 ou bien des larmes de rage pour Hervé Cléris et Christophe Dietsch qui, cinq semaines seulement après la mise à l’eau de Prince de Bretagne, doivent renoncer à la Jacques Vabre et retourner en chantier réparer le bel oiseau blessé.

 

Thomas Ruyant (Faber France) à son arrivée victorieuse au Brésil. © photo : Pierrick Garenne / GPO

 

Je n’arrive pas à mesurer ou imaginer l’intensité de joie ou de rage que viennent de vivre à distance Thomas Ruyant et Hervé Cléris. Je me souviens néanmoins de l’incroyable sensation ressentie en 2001 lors de mon arrivée au Brésil. Un bonheur intense, et je n’étais que 4e. Alors une victoire, quelle folie cela doit procurer en soi ! Je me souviens également de mon désespoir en 2003 lors d’une avarie de structure sur mon Proto 6.50 dès la première course alors que nous venions de travailler 7 jours sur 7 pour le mettre à l’eau à temps. Un abandon à Ajaccio qui emportait avec lui mes espoirs de participer à la Transat 6.50 2003. J’étais totalement abattu après tant d’efforts. Et ce n’était qu’un proto 6.50, pas un trimaran de 50 pieds avec tous les aléas supplémentaires à gérer. Je n’ose donc imaginer ce que ressent aujourd’hui Hervé Cléris.

 

J’ai eu la chance de participer à la première navigation de Prince de Bretagne à Lorient le 14 septembre. Un moment unique à vivre. Celui de la découverte des premières sensations. Hervé avouait se sentir comme un gamin qui ouvre ses cadeaux de Noël. Au stress des premières minutes a suivi la joie des premières accélérations. Un pur moment de bonheur avec des conditions météo parfaites. Mais la voile est ainsi faite, alternant joie et tristesse.

 

 Flotteur tribord arraché sur Prince de Bretagne, amarré à Camaret. © photo : Pascal Desroche / Prince de Bretagne

 

Heureusement, l’être humain a la mémoire sélective et conserve surtout les bons souvenirs. Des souvenirs de fêtes, comme celles que va vivre Thomas à Salvador, entre le Centro Nautico et le Pelourinho, au son des percussions brésiliennes. La caïpirinha et la Skol vont couler à flot les prochains jours pour célébrer la victoire de Thomas et toutes les arrivées qui le suivront. Traverser l’Atlantique en solitaire sur un voilier de 6,50 mètres est une belle victoire pour chacun qui l’a accompli.

 

Je ne doute pas que pour Thomas cette magnifique victoire va lui ouvrir de nouvelles portes et lancer sa carrière sportive. Comme je suis certain qu’Hervé Cléris et son second Christophe Dietsch seront rapidement de retour sur l’eau, une fois l’avarie comprise et analysée.