Pour paraphraser mon confrère Pierre-Yves Lautrou, “on ne fait pas un métier facile !“

 

Il était prévu que je navigue sur le trimaran Actual dès les premières navigations. Mais des impondérables ont bousculé ce beau calendrier. C’était reculer pour mieux sauter. Car, en guise de première navigation, Yves Le Blévec m’a invité au convoyage de son multi 50 de La Trinité-sur-Mer jusqu’au Havre en compagnie de Jean Le Cam et de la fille d’Yves. 333 milles bouclé en 28 heures (12 nœuds de moyenne) dans des conditions de rêve : mer plate, 10-20 nœuds de vent de sud-sud-est et une douceur surprenante pour un 30 octobre, même la nuit. 

 

Bilan de la virée : du bonheur comme s’il en pleuvait !

 

Ces multis 50 sont vraiment des bateaux simples, faciles à barrer et à manoeuvrer. Et les sensations de glisse et d’adrénaline sont au rendez-vous. Les Figaristes qui veulent changer de support mais ne trouvent pas de budget pour le Vendée Globe devraient venir faire un tour en multi 50. L’essayer c’est l’adopter… 

 Dernière ligne droite au près avant l’arrivée au Havre. Soleil couchant et mer plate. Que demander de plus…

 

Passer le raz de Sein à plus de 20 nœuds sous gennaker est assez grisant. Mais ce n’était qu’une mise en bouche avant le raz Blanchard à 22 nœuds, toujours sous gennak’, sur une mer totalement lisse. Douce comme du velours. Un vrai billard… Jean Le Cam lui-même reconnaissait que bénéficier de telles conditions est assez rare. Un bonheur que les futurs compères de la Transat Jacques Vabre auraient pu partager pleinement avec moi s’ils n’avaient passé une partie du convoyage à l’intérieur à régler des soucis de pilote.

 

Conséquence de ces problèmes récurrents de pilote, j’ai eu le loisir de me retrouver de nuit, à la barre d’un multi filant entre 15 et 20 nœuds sous gennaker, sans le moindre instrument à bord pour m’aider ! De toutes les belles opportunités offertes par ce “métier pas facile“ (barrer un Class America, Orange 2 ou Banque Populaire V), j’avoue que barrer Actual à 20 nœuds de nuit en naviguant uniquement avec les étoiles et les sensations du bateau restera l’une de mes plus belles expériences jusqu’à ce jour…

 

 

A gauche, Yves Le Blévec à la table à cartes à l’intérieur de l’étroite coque centrale. Regarder Jean Le Cam (à droite) barrer un multicoque est une leçon de navigation en accéléré. Un multicoque ne se barre pas du tout au portant comme un mono. Il faut sans cesse le relancer.