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Monthly Archives: décembre 2009

Autissier, présidente de WWF France

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Le 22 décembre, Isabelle Autissier a été élue présidente de la branche française du World Wide Fund dont elle faisait déjà partie du conseil d’administration depuis deux ans. Voilà une femme pour qui j’ai beaucoup d’admiration. Ingénieur halieute, marin, coureur au large, écrivain, chroniqueuse radio et femme engagée pour la cause écologique, Isabelle Autissier est non seulement bourrée de talents, mais aussi pleine de ressources. Je me souviens avec plaisir du rituel du dimanche matin lorsqu’elle intervenait dans l’émission Voix du Large de l’excellent Pierre-Louis Castelli sur France Inter.

 

Une intéressante interview à lire sur le site Futura-Sciences, dont elle est marraine, nous apprend également qu’elle était vice-présidente d’un des quatre groupes du Grenelle de la Mer (“Délicate rencontre entre la terre et la mer“) – à voir à ce sujet cette interview vidéo sur le site de Libération de septembre dernier –, qu’elle figure au sein du Conseil Consultatif des TAAF (Terres Australes et Antarctique Françaises), administratrice de la Fondation de France et ambassadrice de la Fédération Internationale de la Ligue des Droits de l’Homme… Ouf ! 

 

 

 

L’interview de Futura-Sciences nous apprend qu’Isabelle était candidate pour le poste, preuve de sa détermination et de son engagement. Que pour elle, le bilan de Copenhague est « désastreux » et que malgré ses nouvelles fonctions qui devraient bien l’occuper, elle n’en reste pas moins une navigatrice. Elle part d’ailleurs dans les prochains jours pour une navigation en Antarctique avec des alpinistes.

 

Concernant le volet courses au large de sa carrière multicartes, voici en exclusivité (soyons fous !) un paragraphe consacrée à Isabelle Autissier et le BOC Challenge extrait d’un livre à paraître courant 2010 aux éditions L’Equipe sur l’histoire des tours du monde à la voile, écrit par Philippe Joubin (journaliste de L’Equipe) et moi-même :

 

 

« En 1990, son Ecureuil Poitou-Charente gréé en yawl démâte dans la deuxième étape à l’approche de l’Australie. Isabelle Autissier termine l’étape sous gréement de fortune et se classe septième au général. En 94, la Rochelaise remporte la première étape grâce une option osée dans l’Atlantique Sud, reléguant le deuxième à plus de six jours. Mais la deuxième étape tourne à la série noire. Quelques jours après le départ, Ecureuil Poitou-Charente 2 démâte dans l’ouest des Kerguelen. Autissier doit réaliser un gréement de fortune avec la bôme pour rejoindre l’archipel français. Grâce à une extraordinaire chaîne de solidarité, un mât provisoire lui est livré depuis La Réunion. Mais trois semaines plus tard, le 28 décembre, une déferlante d’une puissance inouïe retourne son monocoque. «Tassée dans mon coin, je sens la mer coucher le bateau à plat sur l’eau, puis je suis violemment projetée au plafond en même temps qu’asphyxiée par un torrent d’eau glacée. Distinctement, je perçois que le bateau est quille en l’air, puis continue son tonneau et enfin se rétablit à l’endroit. Le tout a duré 20 secondes environ. Je m’extrais en pataugeant et reste la bouche ouverte de stupeur : le rouf n’existe plus ! » (Voiles et Voiliers n°288, février 1995) La cabine se retrouve à ciel ouvert avec un trou béant de cinq mètres carrés. Enfermée dans la soute à voile, la navigatrice passe le réveillon du nouvel an enroulée dans une couverture de survie en attendant ses sauveteurs Australiens. Trois jours après son chavirage, elle est hélitreuillée par la marine australienne. (…)

Le 15 février 1999, Isabelle Autissier (PRB) navigue au milieu du Pacifique Sud lorsque, par 25 nœuds de vent, son bateau empanne involontairement. Le grand monocoque se couche sur l’eau et chavire en douceur. Bloqué à l’envers, PRB ne veut plus se redresser et le mât finit par se briser sous la pression des éléments. 24 heures après avoir déclenché sa balise, elle est récupérée par Giovanni Soldini. « C’est le plus beau jour de ma carrière de marin » déclare l’Italien en accueillant à son bord la naufragée. ( Voiles et Voiliers n°338, avril 1999) (…) »

 

Isabelle Autissier a participé une fois au Vendée Globe en 1996, qu’elle a terminé hors course après une escale au Cap (Afrique du Sud) pour réparer un safran cassé. Bilan : quatre tentatives de tour du monde soldés par un manque criant de réussite. La faute à la mécanique. Car le talent abondait, comme l’ont montré ses débuts de course. Au final, son meilleur résultat en solitaire reste sa 3e place sur la Mini Transat 87 (Aaah ! cette Mini Transat chère à nos coeurs…) et en équipage son record New York-San Francisco en 62 jours (1994).

 

Isabelle Autissier a écrit plusieurs livres dont Kerguelen, Le Voyageur Du Pays De L’Ombre, Salut Au Grand Sud avec Erik Orsenna, Versant Océan et le tout dernier Seule La Mer, sorti en 2009, une version romancée de l’incroyable histoire de Donald Crowhurst lors du Golden Globe 1968.

 

Super prod

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 Début décembre, j’ai eu l’opportunité de commenter pour Eurosport avec Tanguy Cariou les phases finales de la Monsoon Cup qui se déroulait en Malaysie. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est la 9e et dernière étape du World Match Racing Tour. Tanguy et moi avons été très agréablement surpris par la qualité de la production télé réalisée sur place. Grâce aux images extérieures et intérieures, avec des angles originaux (haut du mât, étrave, etc.), ainsi qu’aux images 3D savamment distillées pour expliquer le parcours, le terrain de jeu et savoir qui mène la course, la voile devenait un vrai spectacle télévisuel grand public ! C’est dire !

 

Il y avait ainsi une caméra en haut du mât, esthétique pour les envois et affalages de spi, et qui offrait un angle très intéressant au moment du départ pour les phases de contact, les engagements, le travail du n°1. Une autre caméra était fixée à l’étrave, vers l’avant, ce qui offrait là aussi un angle assez exceptionnel lorsque l’étrave passe à quelques centimètres de la jupe arrière de l’adversaire.

 

Enfin, il y avait à l’arrière un cameraman pour filmer l’équipage, les actions et surtout entendre tout ce qui pouvait se dire à bord. Passionnant à écouter ! Les télévisions anglo-saxonnes avaient en plus la chance d’avoir un commentateur embarqué de grand talent, en la personne d’Andy Green, ex-barreur de GBR Challenge lors de la Louis Vuitton Cup 2002 à Auckland. Pour vous faire votre propre idée, vous pouvez revoir toutes les images sur le site sail.tv – ce sont les demi-finales où les phases de départ étaient les plus chaudes et les plus palpitantes à suivre. Imaginez un match de foot où le gardien aurait une caméra sur la tête et le numéro 10 un micro sous le maillot ! Eh bien, c’était un peu ça que nous livrait la Monsoon Cup. Du grand bonheur pour passionner de régates…

 

Andy Green, ex-barreur du Class America GBR Challenge en 2002, aujourd’hui commentateur embarqué avec une caméra sur la tête et un micro, pour le plus grand bonheur des téléspectateurs. © photo : Gareth Cooke / Subzero Images

 

Bien sûr, une telle production nécessite de sacrés moyens, comme le montre en partie la photo ci-dessous. Mais on ne peut que féliciter les organisateurs de l’épreuve, en l’occurrence le vétéran australien Peter Gilmour, pour la qualité de ces retransmissions. Et du coup, espérer que bientôt, non seulement toutes les autres épreuves du World Match Racing Tour disposeront de la même couverture télé – je rappelle que la première épreuve se dispute en mars à Marseille – mais aussi bien d’autres régates qui se prêteraient parfaitement à ce genre de retransmission. Je pense notamment au circuit des Extreme 40, aux régates en Décision 35, au Trophée Clairefontaine, au Louis Vuitton Trophy, ou bien même aux Open 7.50 lors du Spi Ouest France, par exemple.

 

La salle de régie donne un petit aperçu des gros moyens nécessaires pour réaliser une très belle production télévisuelle. Mais le résultat en valait la chandelle. © photo : Brendan O’Hagan  / Subzero Images.

 

Mais au fond de moi, je pense surtout à la 33e Coupe de l’America entre Alinghi V et BOR 90. Imaginez des cameramen embarqués, des caméras en tête du mât, sur les étraves ou sous les bras de liaison, et des micros placés sur les barreurs et tacticiens. C’était déjà le cas sur les dernières éditions à Valence ou Auckland. Sauf que la plupart du temps, les micros étaient refilés à l’équipier en pied de mât et à un wincheur. Entendre le souffle d’un wincheur en plein effort n’est pas palpitant ! Quant aux caméras à bord, elles se limitaient à une caméra en pied de mât, et une autre dans la soute pour les phases finales. Peut mieux faire, comme l’a prouvé la Monsoon Cup.

 

En fait, je réalise surtout que Philippe Facque, Royale Production, Medialab et tous les acteurs qui oeuvraient sur les Grand Prix Orma, dès 1995, étaient des précurseurs à qui il n’a finalement manqué qu’un diffuseur pour que les partenaires s’y retrouvent financièrement. Et aussi un site où le vent soit régulier. Dommage. Les trimarans Orma, qui ont tant manqué sur la dernière Transat Jacques Vabre, seraient peut-être toujours d’actualité…

 

Le Club des Spécialistes

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 Ce mercredi soir, de 19h40 à 20h30, l’émission le Club des Spécialistes sur Canal + Sport était consacrée à la voile avec comme invités : Michel Desjoyeaux, double vainqueur du Vendée Globe et élu lundi Marin de l’Année 2009 ;  Marc Guillemot, récent vainqueur de la Transat Jacques Vabre avec Charles Caudrelier Benac ;  Pascal Bidégorry, nouveau détenteur du record de l’Atlantique Nord (3 jours 15h25) et des 24h (908 milles) ; et enfin en troisième partie d’émission, Sébastien Col, le barreur du nouveau défi franco-allemand All4One en vue de la 34e Coupe de l’America.

 

Il est suffisamment rare que la voile profite d’une émission aussi longue qui plus est à la meilleure tranche horaire pour ne pas le souligner et s’en féliciter. Et histoire de découvrir nos marins préférés dans une situation plutôt inhabituelle pour eux, voici ci-dessous une petite photo volée de Michel Desjoyeaux et Marc Guillemot en pleine séance de maquillage avant l’émission.

 

Le roi des bourlingueurs !

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 Enfin… Après des années de bricolage (sans que ce soit péjoratif), Bernard Stamm va pouvoir disposer d’un vrai budget et d’un bateau neuf à la hauteur de son talent (lire cette intéressante interview en info à la hune). Malgré l’impartialité que doit avoir un journaliste, il faut avouer – c’est humain – que certaines nouvelles font plus plaisir que d’autres. Car celui-là mérite de pouvoir enfin s’élancer sur le Vendée Globe avec tous les atouts en poche.

D’une édition à l’autre, c’était toujours mieux que la fois précédente, mais un grain de sable a toujours grippé la machine. En 2000, son bateau est à peine terminé et il n’a pas un sous dans la besace jusqu’à 15 jours du départ. Il abandonne après une semaine sur problèmes de pilote et de safran. En 2004, il fait désormais figure de favori. Mais il perd sa quille sur la Transat Anglaise quatre mois avant le départ. Forfait. En 2008, il rachète le premier plan Farr de Jean-Pierre Dick. Tout semble mieux se goupiller jusqu’au coup de canon. Malheureusement, à peine parti, Bernard se tape un cargo dès la première nuit. Avant de s’échouer un mois plus tard aux Kerguelen en voulant faire escale à cause d’une avarie, somme toute mineure, de crayons de safran. La poisse, quoi ! La quatrième tentative sera la bonne, je lui souhaite.

 

Si j’apprécie le bonhomme, c’est qu’au-delà de sa convivialité et de sa jovialité naturelles, il a vécu mille vies que l’on pourrait raconter dans un roman d’aventures. Car Bernard Stamm a osé suivre une voie que de nombreux adolescents/jeunes adultes (dont j’ai fait partie), ont rêvé de suivre en lisant les récits de Bernard Moitessier ou d’Henry de Monfreid. Voguer sur toutes les mers du monde ; Embarquer sur un cargo avec un baluchon sur le dos sans savoir si on atterrira à Macau ou Valparaiso ; vendre des coquillages sur des plages aux Caraïbes et découvrir le mois suivant les boîtes mal famées de Ziguinchor ; faire de la moto les cheveux au vent en narguant la marée-chaussée incapable de vous rattraper… Eh bien tout ça, lui l’a fait ! Véridique. En plus d’avoir joué les bûcherons dans les zones à risque de sa Suisse natale.

 

Alors de l’imaginer la semaine dernière dans un Palace sur les rives du Lac Léman pour répondre aux journalistes, avec sa chemise blanche et son petit pull en V, après tout ce qu’il a vécu, m’a beaucoup amusé. Lui, le tatoué toujours bronzé et sans un sou en poche, qui a construit de ses propres mains son premier monocoque 60 pieds va se faire construire un nouveau 60 pieds entièrement financé par un mécène suisse et dans le plus prestigieux chantier helvète. Et à ce moment-là, je me suis encore répété en pensant à lui : « Quelle vie ! »…

 

Photo de Bernard Stamm sur une plage des Grenadines extraite de l’excellent ouvrage de Roger Jaunin racontant avec humour et sensibilité les nombreuses vies du personnage (« Bernard Stamm », Roger Jaunin, aux éditions Favre). © photo : D.R.