Enfin… Après des années de bricolage (sans que ce soit péjoratif), Bernard Stamm va pouvoir disposer d’un vrai budget et d’un bateau neuf à la hauteur de son talent (lire cette intéressante interview en info à la hune). Malgré l’impartialité que doit avoir un journaliste, il faut avouer – c’est humain – que certaines nouvelles font plus plaisir que d’autres. Car celui-là mérite de pouvoir enfin s’élancer sur le Vendée Globe avec tous les atouts en poche.

D’une édition à l’autre, c’était toujours mieux que la fois précédente, mais un grain de sable a toujours grippé la machine. En 2000, son bateau est à peine terminé et il n’a pas un sous dans la besace jusqu’à 15 jours du départ. Il abandonne après une semaine sur problèmes de pilote et de safran. En 2004, il fait désormais figure de favori. Mais il perd sa quille sur la Transat Anglaise quatre mois avant le départ. Forfait. En 2008, il rachète le premier plan Farr de Jean-Pierre Dick. Tout semble mieux se goupiller jusqu’au coup de canon. Malheureusement, à peine parti, Bernard se tape un cargo dès la première nuit. Avant de s’échouer un mois plus tard aux Kerguelen en voulant faire escale à cause d’une avarie, somme toute mineure, de crayons de safran. La poisse, quoi ! La quatrième tentative sera la bonne, je lui souhaite.

 

Si j’apprécie le bonhomme, c’est qu’au-delà de sa convivialité et de sa jovialité naturelles, il a vécu mille vies que l’on pourrait raconter dans un roman d’aventures. Car Bernard Stamm a osé suivre une voie que de nombreux adolescents/jeunes adultes (dont j’ai fait partie), ont rêvé de suivre en lisant les récits de Bernard Moitessier ou d’Henry de Monfreid. Voguer sur toutes les mers du monde ; Embarquer sur un cargo avec un baluchon sur le dos sans savoir si on atterrira à Macau ou Valparaiso ; vendre des coquillages sur des plages aux Caraïbes et découvrir le mois suivant les boîtes mal famées de Ziguinchor ; faire de la moto les cheveux au vent en narguant la marée-chaussée incapable de vous rattraper… Eh bien tout ça, lui l’a fait ! Véridique. En plus d’avoir joué les bûcherons dans les zones à risque de sa Suisse natale.

 

Alors de l’imaginer la semaine dernière dans un Palace sur les rives du Lac Léman pour répondre aux journalistes, avec sa chemise blanche et son petit pull en V, après tout ce qu’il a vécu, m’a beaucoup amusé. Lui, le tatoué toujours bronzé et sans un sou en poche, qui a construit de ses propres mains son premier monocoque 60 pieds va se faire construire un nouveau 60 pieds entièrement financé par un mécène suisse et dans le plus prestigieux chantier helvète. Et à ce moment-là, je me suis encore répété en pensant à lui : « Quelle vie ! »…

 

Photo de Bernard Stamm sur une plage des Grenadines extraite de l’excellent ouvrage de Roger Jaunin racontant avec humour et sensibilité les nombreuses vies du personnage (« Bernard Stamm », Roger Jaunin, aux éditions Favre). © photo : D.R.