Début décembre, j’ai eu l’opportunité de commenter pour Eurosport avec Tanguy Cariou les phases finales de la Monsoon Cup qui se déroulait en Malaysie. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est la 9e et dernière étape du World Match Racing Tour. Tanguy et moi avons été très agréablement surpris par la qualité de la production télé réalisée sur place. Grâce aux images extérieures et intérieures, avec des angles originaux (haut du mât, étrave, etc.), ainsi qu’aux images 3D savamment distillées pour expliquer le parcours, le terrain de jeu et savoir qui mène la course, la voile devenait un vrai spectacle télévisuel grand public ! C’est dire !

 

Il y avait ainsi une caméra en haut du mât, esthétique pour les envois et affalages de spi, et qui offrait un angle très intéressant au moment du départ pour les phases de contact, les engagements, le travail du n°1. Une autre caméra était fixée à l’étrave, vers l’avant, ce qui offrait là aussi un angle assez exceptionnel lorsque l’étrave passe à quelques centimètres de la jupe arrière de l’adversaire.

 

Enfin, il y avait à l’arrière un cameraman pour filmer l’équipage, les actions et surtout entendre tout ce qui pouvait se dire à bord. Passionnant à écouter ! Les télévisions anglo-saxonnes avaient en plus la chance d’avoir un commentateur embarqué de grand talent, en la personne d’Andy Green, ex-barreur de GBR Challenge lors de la Louis Vuitton Cup 2002 à Auckland. Pour vous faire votre propre idée, vous pouvez revoir toutes les images sur le site sail.tv – ce sont les demi-finales où les phases de départ étaient les plus chaudes et les plus palpitantes à suivre. Imaginez un match de foot où le gardien aurait une caméra sur la tête et le numéro 10 un micro sous le maillot ! Eh bien, c’était un peu ça que nous livrait la Monsoon Cup. Du grand bonheur pour passionner de régates…

 

Andy Green, ex-barreur du Class America GBR Challenge en 2002, aujourd’hui commentateur embarqué avec une caméra sur la tête et un micro, pour le plus grand bonheur des téléspectateurs. © photo : Gareth Cooke / Subzero Images

 

Bien sûr, une telle production nécessite de sacrés moyens, comme le montre en partie la photo ci-dessous. Mais on ne peut que féliciter les organisateurs de l’épreuve, en l’occurrence le vétéran australien Peter Gilmour, pour la qualité de ces retransmissions. Et du coup, espérer que bientôt, non seulement toutes les autres épreuves du World Match Racing Tour disposeront de la même couverture télé – je rappelle que la première épreuve se dispute en mars à Marseille – mais aussi bien d’autres régates qui se prêteraient parfaitement à ce genre de retransmission. Je pense notamment au circuit des Extreme 40, aux régates en Décision 35, au Trophée Clairefontaine, au Louis Vuitton Trophy, ou bien même aux Open 7.50 lors du Spi Ouest France, par exemple.

 

La salle de régie donne un petit aperçu des gros moyens nécessaires pour réaliser une très belle production télévisuelle. Mais le résultat en valait la chandelle. © photo : Brendan O’Hagan  / Subzero Images.

 

Mais au fond de moi, je pense surtout à la 33e Coupe de l’America entre Alinghi V et BOR 90. Imaginez des cameramen embarqués, des caméras en tête du mât, sur les étraves ou sous les bras de liaison, et des micros placés sur les barreurs et tacticiens. C’était déjà le cas sur les dernières éditions à Valence ou Auckland. Sauf que la plupart du temps, les micros étaient refilés à l’équipier en pied de mât et à un wincheur. Entendre le souffle d’un wincheur en plein effort n’est pas palpitant ! Quant aux caméras à bord, elles se limitaient à une caméra en pied de mât, et une autre dans la soute pour les phases finales. Peut mieux faire, comme l’a prouvé la Monsoon Cup.

 

En fait, je réalise surtout que Philippe Facque, Royale Production, Medialab et tous les acteurs qui oeuvraient sur les Grand Prix Orma, dès 1995, étaient des précurseurs à qui il n’a finalement manqué qu’un diffuseur pour que les partenaires s’y retrouvent financièrement. Et aussi un site où le vent soit régulier. Dommage. Les trimarans Orma, qui ont tant manqué sur la dernière Transat Jacques Vabre, seraient peut-être toujours d’actualité…