Le 22 décembre, Isabelle Autissier a été élue présidente de la branche française du World Wide Fund dont elle faisait déjà partie du conseil d’administration depuis deux ans. Voilà une femme pour qui j’ai beaucoup d’admiration. Ingénieur halieute, marin, coureur au large, écrivain, chroniqueuse radio et femme engagée pour la cause écologique, Isabelle Autissier est non seulement bourrée de talents, mais aussi pleine de ressources. Je me souviens avec plaisir du rituel du dimanche matin lorsqu’elle intervenait dans l’émission Voix du Large de l’excellent Pierre-Louis Castelli sur France Inter.

 

Une intéressante interview à lire sur le site Futura-Sciences, dont elle est marraine, nous apprend également qu’elle était vice-présidente d’un des quatre groupes du Grenelle de la Mer (“Délicate rencontre entre la terre et la mer“) – à voir à ce sujet cette interview vidéo sur le site de Libération de septembre dernier –, qu’elle figure au sein du Conseil Consultatif des TAAF (Terres Australes et Antarctique Françaises), administratrice de la Fondation de France et ambassadrice de la Fédération Internationale de la Ligue des Droits de l’Homme… Ouf ! 

 

 

 

L’interview de Futura-Sciences nous apprend qu’Isabelle était candidate pour le poste, preuve de sa détermination et de son engagement. Que pour elle, le bilan de Copenhague est « désastreux » et que malgré ses nouvelles fonctions qui devraient bien l’occuper, elle n’en reste pas moins une navigatrice. Elle part d’ailleurs dans les prochains jours pour une navigation en Antarctique avec des alpinistes.

 

Concernant le volet courses au large de sa carrière multicartes, voici en exclusivité (soyons fous !) un paragraphe consacrée à Isabelle Autissier et le BOC Challenge extrait d’un livre à paraître courant 2010 aux éditions L’Equipe sur l’histoire des tours du monde à la voile, écrit par Philippe Joubin (journaliste de L’Equipe) et moi-même :

 

 

« En 1990, son Ecureuil Poitou-Charente gréé en yawl démâte dans la deuxième étape à l’approche de l’Australie. Isabelle Autissier termine l’étape sous gréement de fortune et se classe septième au général. En 94, la Rochelaise remporte la première étape grâce une option osée dans l’Atlantique Sud, reléguant le deuxième à plus de six jours. Mais la deuxième étape tourne à la série noire. Quelques jours après le départ, Ecureuil Poitou-Charente 2 démâte dans l’ouest des Kerguelen. Autissier doit réaliser un gréement de fortune avec la bôme pour rejoindre l’archipel français. Grâce à une extraordinaire chaîne de solidarité, un mât provisoire lui est livré depuis La Réunion. Mais trois semaines plus tard, le 28 décembre, une déferlante d’une puissance inouïe retourne son monocoque. «Tassée dans mon coin, je sens la mer coucher le bateau à plat sur l’eau, puis je suis violemment projetée au plafond en même temps qu’asphyxiée par un torrent d’eau glacée. Distinctement, je perçois que le bateau est quille en l’air, puis continue son tonneau et enfin se rétablit à l’endroit. Le tout a duré 20 secondes environ. Je m’extrais en pataugeant et reste la bouche ouverte de stupeur : le rouf n’existe plus ! » (Voiles et Voiliers n°288, février 1995) La cabine se retrouve à ciel ouvert avec un trou béant de cinq mètres carrés. Enfermée dans la soute à voile, la navigatrice passe le réveillon du nouvel an enroulée dans une couverture de survie en attendant ses sauveteurs Australiens. Trois jours après son chavirage, elle est hélitreuillée par la marine australienne. (…)

Le 15 février 1999, Isabelle Autissier (PRB) navigue au milieu du Pacifique Sud lorsque, par 25 nœuds de vent, son bateau empanne involontairement. Le grand monocoque se couche sur l’eau et chavire en douceur. Bloqué à l’envers, PRB ne veut plus se redresser et le mât finit par se briser sous la pression des éléments. 24 heures après avoir déclenché sa balise, elle est récupérée par Giovanni Soldini. « C’est le plus beau jour de ma carrière de marin » déclare l’Italien en accueillant à son bord la naufragée. ( Voiles et Voiliers n°338, avril 1999) (…) »

 

Isabelle Autissier a participé une fois au Vendée Globe en 1996, qu’elle a terminé hors course après une escale au Cap (Afrique du Sud) pour réparer un safran cassé. Bilan : quatre tentatives de tour du monde soldés par un manque criant de réussite. La faute à la mécanique. Car le talent abondait, comme l’ont montré ses débuts de course. Au final, son meilleur résultat en solitaire reste sa 3e place sur la Mini Transat 87 (Aaah ! cette Mini Transat chère à nos coeurs…) et en équipage son record New York-San Francisco en 62 jours (1994).

 

Isabelle Autissier a écrit plusieurs livres dont Kerguelen, Le Voyageur Du Pays De L’Ombre, Salut Au Grand Sud avec Erik Orsenna, Versant Océan et le tout dernier Seule La Mer, sorti en 2009, une version romancée de l’incroyable histoire de Donald Crowhurst lors du Golden Globe 1968.