A un mois et un jour du très attendu 8 février – jour où est censé commencer la 33e Coupe de l’America – les deux protagonistes continuent de se crêper le chignon comme au premier matin. La sonnerie n’aurait-elle pas encore retenti dans la cour de récré ?

 

Derniers tirages de cheveux pour Oracle qui demande à Alinghi de prouver que son bateau est bien entièrement construit en Suisses. D’après les Américains, ce ne serait pas le cas des voiles, North 3DL, fabriquées aux Etats-Unis.

Réponse des Suisses : le Deed of Gift demande que le bateau soit construit en Suisse, donc la coque, sans autre précision pour le reste. Si la règle de nationalité était si pointue, poursuit Alinghi, comment les Américains expliquent-ils que BOR 90 a été dessiné par des architectes français ?

Je suis plutôt d’accord avec Alinghi sur ce point. Sinon, faudrait alors vérifier aussi la provenance des cordages, des pots de peintures et de l’essence mise dans leurs moteurs embarqués !

 

La dernière griffure en date revient en fait à Alinghi qui réclame à Oracle de ranger gentiment son bateau dans la Darsena Interior, le fameux Port America’s Cup de la dernière édition, pour, d’après le Defender, assurer le succès de cette 33e édition. Depuis que les deux multicoques sont arrivés en Espagne la semaine dernière (voir cette photo à la hune), les Suisses ont réinvesti leur base, tandis que les Américains se sont installés dans le port de commerce.

Réponse des Américains : pour laisser BOR 90 au mouillage avec son aile, il faut un cercle d’évitement de 200 m de diamètre libre de tout obstacle. C’est loin d’être le cas dans la Darsena. D’autre part, tous ceux qui ont assisté à la dernière Coupe ont pu constater à quel point l’entrée de la Darsena pouvait devenir rocambolesque avec un peu de houle. Il était d’ailleurs interdit aux Class America, des monocoques de 25 mètres, d’y entrer ou d’en sortir à la voile, enchaînent les Américains. Et voilà qu’Alinghi exige aujourd’hui que BOR 90, un trimaran de 27 m, y pénètre avec son aile en l’air !

Là, pour le coup, les arguments d’Oracle sont largement recevables.

 

Mais il faut croire que nos deux champions procéduriers ont encore de la ressource pour continuer à se titiller de la sorte. Quelle sera la prochaine attaque ? La prochaine discorde ? Les paris sont ouverts. Certaines rumeurs annonçaient un premier accord entre les deux équipes pour ne démarrer la 33e édition que le 12 février et régater au meilleur des sept manches au lieu de trois. Mais rien n’a été officialisé sur ces deux points de part et d’autre.

 

Pour terminer sur une note plus anecdotique, j’ai été amusé de lire qu’Alinghi 5 avait été transporté jusqu’à Valence sur un cargo du nom de Cassandra B. Or, Cassandre, était une déesse grecque d’une grande beauté qui prophétisa en vain la chute de Troie. Pour rappel, un oracle (BMW Oracle Racing) est la réponse formulée par un dieu concernant l’avenir d’une personne. Cassandre d’un côté, oracle de l’autre, nos deux protagonistes aimeraient certainement connaître leur proche destin… Affaire à suivre !