Philippe Presti, coach de la cellule arrière de BMW Oracle Racing, a déclaré cet après-midi sur Canal + Sport ne pas reconnaître le Defender suisse. Qu’ils avaient déjoué lors des deux rencontres. Je suis assez d’accord avec son analyse tant l’équipe d’Alinghi était méconnaissable. Comme tétanisée par l’enjeu.

Les deux pénalités encaissées lors du pré-départ montrent une certaine fébrilité à un tel niveau de la compétition. Même si l’on peut penser que la première pour refus de tribord est assez sévère, la seconde – pour un mauvais positionnement dans la zone de départ au moment des 5 minutes – est indiscutable. C’est une faute de débutant, indigne du double détenteur de l’aiguière d’argent. Que s’est-il passé à bord ? Mauvais timing ? Des bateaux spectateurs les auraient-ils gêné comme j’ai pu le lire ce dimanche soir ? Toujours est-il que ces deux pénalités – qui n’ont visiblement pas changé le cours des deux rencontres – ont certainement affecté psychologiquement l’équipage d’Ernesto Bertarelli.

Une autre question me taraude. Dans cette seconde manche, à la fin du premier bord de près, pourquoi Alinghi n’a pas profité de son avantage tribord amures pour aller provoquer son adversaire et le forcer à virer ? USA-17 était à ce moment-là en lay-line, soit en route directe vers la bouée. En profitant de sa priorité tribord, Alinghi 5 pouvait forcer les Américains à virer deux fois pour revenir vers la bouée. Au lieu de ça, ils ont croisé 80 mètres devant. Avec un virement de bord à suivre – très pénalisant en multicoque – ils se sont fait doubler par en dessous et ont raté la dernière grosse opportunité qui se présentait à eux.

 

Alinghi n’a pas vraiment brillé pendant cette 33e Coupe de l’America. Le catamaran suisse était moins performant que le trimaran américain et l’équipage a déjoué sur les deux manches. ©photo : Carlo Borlenghi / Alinghi.

Enfin, même s’il est toujours facile de tirer des conclusions hâtives sans connaître tous les paramètres, il m’a semblé qu’Alinghi 5 rivalisait plus en vitesse avec USA-17 lorsque Loïck Peyron était à la barre. Malgré l’indéniable talent d’Ernesto Bertarelli – qu’il a prouvé maintes fois en D35 sur le Léman – Loïck Peyron est un barreur d’un calibre encore supérieur, certainement plus habitué à la pression de la compétition à un tel niveau. Pourquoi ne pas lui avoir confié la barre plus souvent ?

USA-17 était indéniablement plus rapide qu’Alinghi 5, mais l’équipage suisse n’a pas offert la plus grande résistance possible et a commis de trop nombreuses erreurs pour espérer rivaliser. Dommage, le suspense et le spectacle auraient été encore plus passionnants à suivre…

 

(MAJ 15.02) : parmi les erreurs commises par Alinghi, j’oubliais celle de sa configuration de voile de la 1ère manche vendredi quand le catamaran suisse était parti avec des voiles de petit temps et que le vent est monté pendant cette première manche.