Depuis quelques années, le World Match Racing Tour a réussi à se positionner comme le nouveau championnat du monde de match-racing. Un circuit sérieux, professionnel et de mieux en mieux doté pour attirer les meilleurs barreurs de la discipline. Mais voilà qu’en décembre, les organisateurs ont changé les règles du jeu comme nous l’expliquait Manon Borsi dans cet article publié sur v&v.com le 17 février.

 

Et du coup, on se retrouve avec un Championnat du Monde où les meilleurs match-racers ne sont pas  tous invités, où quelqu’un qui participe au Championnat (en l’occurrence Peter Gilmour) a le droit de choisir ses adversaires (puisqu’il est également organisateur), où les places sont limités à deux par nation – tant pis si les trois meilleurs mondiaux sont Kiwis, Français ou Luxembourgeois – et où c’est l’argent que les coureurs sont prêts à payer pour participer qui décide des inscriptions !

 

Un vrai scandale avec la bénédiction de l’ISAF qui n’y trouve rien à dire !

 

Grâce à ce tour de passe-passe, le WMRT a supprimé tous liens entre la ranking list ISAF (établie en fonction de toutes les épreuves de match-racing, grade 1 et 2) et le World Tour. Du coup, le circuit va fonctionner en vase clos et les petits jeunes talentueux n’auront quasiment plus aucune chance de déboulonner les vieux.

 

Explications : il y a douze places par épreuves. Neuf sont attribués quasi d’office sur invitation permanente par le World Tour et les trois autres sont réservées à l’organisateur de chaque épreuve, souvent au profit des régatiers locaux.

 

Les trois premiers au classement du World Tour précédent ont la possibilité de se réinscrire pour l’édition suivante, gratuitement pour le premier (MAJ: correction apportée à 17h) et moyennant un forfait à payer de  5000 $ pour le deuxième et 10 000 $ pour le troisième. Ainsi, Adam Minoprio, champion en titre, Torvar Mirsky et Ben Ainslie, qui complètent le podium 2009, sont prioritaires.

 

Le Kiwi Adam Minoprio, champion en titre, est logiquement prioritaire pour l’obtention d’une invitation permanente. Mais l’attribution de six autres invitations est proprement scandaleuse…

 

Reste donc six places à attribuer. Et c’est là que ça devient drôle !

Car pour participer, il faut faire acte de candidature et proposer une enchère financière aveugle, c’est-à-dire qu’on ne sait pas ce que proposent les petits camarades. Super concept pour un soi-disant championnat du Monde, non ?

 

Peter Gilmour, 4e du World Tour 2009 et co-propriétaire du circuit a reçu une des six invitations. Propriétaire, organisateur et concurrent… Beau mélange de casquette. A-t-il payé son inscription ? On peut en douter.

 

Francesco Bruni, seul italien candidat, a également reçu une invitation. Mais il n’était classé que 12e en 2009 et 24e sur la ranking list ISAF ! Pourquoi lui ?

 

Et pourquoi Björn Hansen, 14e du Tour en 2009, « l’un des plus mauvais skippers scandinaves » se lamente Marc Bouët, l’entraîneur de l’équipe de France de match-racing. C’est vrai qu’il présente le plus faible ratio de points marqués par rapport au nombre de participation de tous les coureurs du World Tour !

Mais c’est peut-être justement parce qu’il est mauvais que le World Tour, le cœur sur la main, veut lui donner sa chance.

 

Il serait injuste de penser que c’est le montant de leurs enchères qui leur a permis de recevoir une invitation. Pourtant, ça paraît évident !

 

Pour la sixième invitation, rien à dire. Ian Williams, double vainqueur du WMRT en 2007 et 2008 a tout à fait sa place. Surtout quand on sait – mauvaise langue que nous sommes – que son sponsor, Pindar, est également le sponsor du World Tour.

 

Reste deux places pour les Français. Et là, nouveau couac !

 

La Fédération Française de Voile, soucieuse d’équité, a souhaité proposer les deux barreurs français les mieux classés l’année dernière, soit Mathieu Richard et Damien Iehl. Ces deux garçons, comme Philippe Presti, Sébastien Col et Pierre-Antoine Morvan, ont signé un contrat  (MAJ  17h: plutôt un accord) avec la FFV acceptant ce système, en échange de quoi la fédé (via Areva) les soutient tous financièrement pour participer à différentes épreuves. Seul Bertrand Pacé a refusé de signer cet accord et a donc fait acte de candidature de son côté auprès du World Tour.

 

Et voilà que c’est Pacé qui est pris à la place de Iehl ! Damien est classé 3e mondial sur la ranking list et Bertrand… 38e ! Logique, non ?

 

Mais aux yeux du World Tour, Pacé a l’avantage d’être plus connu, plus médiatique, et de représenter l’équipe Aleph qui participe au Louis Vuitton Trophy et pourrait être challenger de la 34e Coupe de l’America.

 

Ironie du sort, Iehl fait partie de la cellule arrière d’Aleph sur le Louis Vuitton Trophy !

 

Ce ratage en règle de prise de contrôle de la FFVoile montre finalement à quel point la France a peu de pouvoir au sein de l’ISAF…