C’était déjà mon titre lors de la mise à l’eau du catamaran d’Alinghi en juillet l’année dernière. Mais cette fois-ci, c’est vraiment le cas de le dire !

 

Sur les pontons de La Rochelle, où plus d’une quarantaine de Ministes s’affairent en vue du Mini Pavois, voici qu’un architecte ose un pari tranché avec ce nouveau proto signé David Raison.

 

La Classe Mini a longtemps été surnommée le laboratoire de la course au large. C’est sur ces petits bateaux qu’ont été inventées ou testées nombre d’innovations, comme la quille pivotante, le bout-dehors orientable, la dérive canard à l’avant, et j’en oublie… Aujourd’hui, les bateaux les plus sophistiqués disposent – accrochez-vous bien – de ballasts latéraux, d’un ballast avant d’inertie, d’une quille pivotante qui se rallonge en s’inclinant pour toujours rester au maximum des 2 m de tirant d’eau autorisé, et de mât pivotant dans les 3 dimensions (avant/arrière et latéralement). Sans oublier les déives latérales et les safrans qui se relèvent… Bref, de vraies usines à gaz !

 

Mais cela faisait longtemps qu’il n’y avait plus eu d’innovation majeure et aussi voyante que celle de David.

 

Pour chercher de la puissance le plus loin possible vers l’avant, David Raison a osé dessiner ce proto 6,50 unique, à l’esthétique contestable. © photo : Pierrick Garenne / GPO.

Cette étrave inspirée des fameux Scows joue la carte de la puissance. D’après David, dans une jauge open, l’objectif de tout architecte est de dessiner un bateau plus puissant que les autres. Il pense ainsi qu’il réduira plus tard que les autres coureurs et pourra porter plus de toile.

Non sans humour, David a obtenu le numéro de course 747, comme le fameux jumbo jet de Boeing, et a baptisé son voilier Magnum, pour sa ressemblance avec la forme de la glace.

Mais il ne faut pas s’arrêter à cette forme si particulière de l’étrave. A la différence des autres Minis 6,50, celui-ci ne mesure pas 6,50 m à la flottaison, mais 5,20 m. On le voit sur la photo ci-dessous, sa forme de coque est complètement plate en dessous. L’intérieur est immense – on s’en doute – et le cockpit est doté d’un vrai poste de veille extérieur pour dormir au plus près de la barre et des réglages.


Tout plat en dessous, taillé à la serpe sur les côtés, tout rond devant, ce nouveau proto tranche avec les standards habituels de la Classe Mini. © photo : Pierrick Garenne / GPO.

Reste à savoir comment va se comporter une telle coque au près dès qu’il y aura un peu de mer. David, lui, n’est pas inquiet et précise que d’aller vite au reaching l’obligera à revoir ses stratégies de course pour ne pas chercher à serrer le vent. De toute façon, les Minis, même « traditionnels », remontent très mal au vent dès qu’il y a un peu de mer.

Pour conclure, soit David est fou, soit il est génial ! Vous me direz, les grands inventeurs sont souvent un peu fous… Car s’il a raison, David, – je sais c’est facile ! – va falloir revoir quelques copies sur les prochains protos de course au large…

PS : un grand merci à l’ami Pierrick Garenne du Grand Pavois pour ses photos et son ordinateur à disposition. Pour ma part, je me prépare sur ce Mini Pavois à faire mon retour en solitaire, neuf ans après l’arrivée à Bahia de la Transat 6.50 2001. J’espère que c’est comme le vélo… Ça ne s’oublie pas ! Réponse dans deux semaines…