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Monthly Archives: mai 2010

Quel beau duel…

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… et quel parcours original !

La nouvelle course réservée aux Multis 50 vient de nous offrir un superbe match-race entre le Crêpes Whaou 3 de Franck-Yves Escoffier et l’Actual d’Yves Le Blévec (voir cette vidéo sur notre site). Imaginez : 75 secondes d’écart à l’arrivée à Saint-Pétersbourg après plus de sept jours de jours c’est à peine un cheveu d’écart. En convertissant le temps de course de Whaou3 en secondes, le nouveau trimaran VPLP d’Escoffier a bouclé les 2000 milles du parcours en 675 184 secondes. On comprend mieux que les 75 secondes d’écarts sont ridicules, et correspondent finalement à une différence de 0,0111% de vitesse entre les deux trimarans !!! « Pas une journée où l’on n’avait pas Actual en visuel » s’est réjoui Franck-Yves Escoffier à l’arrivée.

 

L’écart de 75 secondes en image juste avant la ligne d’arrivée… © photo : Jean-Marie Liot / DPPI

Finie donc l’époque où le Malouin survolait la classe Multi 50 et remportait les Transat Jacques Vabre ou Route du Rhum avec plusieurs jours d’avance sur le deuxième. Cette concurrence, on l’espérait déjà lors de la dernière Transat Jacques Vabre entre les trois nouveaux Multis 50. Malheureusement, l’accident de Prince de Bretagne quelques semaines avant le départ et le chavirage d’Actual quelques heures après le départ avait une nouvelle fois laissé le champ libre à Crêpes Whaou.

Dommage justement que le Prince de Bretagne ne soit toujours pas réparé pour se joindre à cette fête. Mais cela augure d’une belle bagarre entre ces trois bateaux en novembre prochain pour la Route du Rhum. Il faut espérer également que d’autres projets de nouveaux bateaux vont rapidement voir le jour, pour dynamiser un peu plus cette classe pleine d’avenir.

Pour les autres concurrents, si Crêpes Whaou2, mené par Loïc Fequet, a dû se sentir un peu seul en troisième position, la bagarre était également serrée entre Lalou Roucayrol (Région Aquitaine-Port Médoc), Erwan Le Roux (Fenêtré-A-Cardinal), Anne Caseneuve (Naviguez Anne Caseneuve), Pierre Hingant (La Mer Révèle Nos Sens) et Hervé Cléris (CLM). Loin derrière, Etienne Hochedé (πR2) a mesuré le gouffre qui sépare son vieux trimaran en aluminium de 1983 avec les trimarans modernes en sandwich.

Quant à la course en elle-même, elle défriche de nouveaux horizons. Preuve qu’il n’y a pas que les Transat pour régater. Ce parcours ultra technique a fait le bonheur des premiers équipages. « Cette course est tout ce qui fait la qualité de la course au large, a déclaré à l’arrivée Yves Le Blévec. Nous ne changeons pas de continent mais c’est aussi riche qu’une transat. Nous nous sommes sans cesse doublés, redoublés, croisés, recroisés avec Crêpes Whaou3. »

Raz de Sein, raz blanchard, détroit du Pas-de-Calais, mer du Nord, détroit de l’Öresund entre le Danemark et la Suède, puis la mer Baltique avec ses vents froids, ses zones de calme, ses nuits blanches et ses pièges météo… Bref, pas de quoi s’embêter tout au long des 1900 milles du parcours. L’étape retour s’annonce donc prometteuse.

PS : Franck-Yves Escoffier était accompagné de son fils Loïc et d’Antoine Koch, tandis que Yves Le Blévec naviguait avec le revenant Eric Loizeau et l’ex-Ministe Ronan Deshayes.
 

Bertarelli, sans langue de bois

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Voici une excellente interview – à lire ici - parue la semaine dernière dans le quotidien suisse Le Temps et réalisée par l’excellente Isabelle Musy. C’est bien parce qu’elle suit la voile depuis plus de quinze ans et connaît très bien Ernesto Bertarelli qu’elle a réussi à le faire autant parler, et aussi franchement. Pour une fois, le patron d’Alinghi ne mâche pas ses mots et dit ce qu’il pense. Instructif à l’heure où tout le monde attend religieusement la bonne parole américaine sur la 34e édition de la Coupe de l’America.

Ernesto Bertarelli à la barre d’Alinghi 5 lors de la 33e Coupe de l’America à Valence, en février dernier. © photo : Carlo Borlenghi / Alinghi

Voici quelques extraits de son interview :

Jeter l’éponge ?

« J’y ai pensé au début. Mais je ne voulais pas faillir à ce devoir (de défendre la Coupe sur l’eau, ndlr) et je voulais aussi démontrer, sur la durée, que leurs critiques et leurs belles paroles n’étaient pas fondées. Si elles l’étaient, on aurait à l’heure qu’il est un programme clair de leur part, quelque chose de dynamisant et de constructif et davantage d’équipes prêtes à repartir. (…)

S’ils voulaient vraiment la démocratie, la première chose qu’ils auraient dû faire est de partager le Protocole signé avec Mascalzone Latino (Challenger of Record). Or, pour l’instant, personne ne l’a vu. S’ils voulaient la démocratie, ils feraient en sorte que l’on puisse tous commencer à travailler en même temps. Or ce n’est pas le cas. N’ayant pas de programme précis, les équipes ne peuvent pas se construire alors que Coutts, lui, recrute. Lorsqu’ils auront engagé tous les meilleurs et qu’il ne restera personne pour les autres, ils dévoileront le programme. Cela ressemble plus à de la démagogie qu’à de la démocratie. Tout le monde s’en rend compte, mais personne n’ose le dire. J’ai l’impression que tout le monde est à la table de Larry Ellison et attend gentiment le morceau de pain qui tombera par terre. Ce n’est pas mon genre. (…)

Russell Coutts a posé sur la table de certains de mes équipiers des offres avec des salaires faramineux sur quatre ans. Ellison a avoué avoir dépensé 400 millions de dollars pour la 33e Coupe. Rivaliser avec eux et tenir sur la longueur sera inabordable. On attend de voir ce qu’ils proposent. Pour l’instant, on n’a qu’un calendrier. Or on ne peut pas aller voir des sponsors juste avec une date. »

Ernesto Bertarelli ne croit pas une seconde que les Américains opteront pour le multicoque, bien qu’il soit convaincu que ce soit l’avenir de la Coupe. Néanmoins, même si c’est en monocoque, il n’exclut pas la possibilité de repartir dans l’aventure.

« S’il y a un projet avec une vraie plate-forme sportive et des bateaux modernes, intéressants et rapides, Alinghi est prêt à repartir. Ce n’est pas parce que la Coupe est entre les mains des Américains qu’il ne faut pas aller la chercher. Mais il ne faut pas que l’argent soit l’arme essentielle. Cela ne m’intéresse pas. »

Et la Volvo Ocean Race ?

« L’idée de recroiser le fer avec Team New Zealand rend l’exercice intéressant. Il y a aussi Groupama qui se lance avec Franck Cammas. C’est bien d’avoir une équipe française. Nous nous y prenons un peu tard (ndlr: la course part en septembre 2011) et, comme je ne me vois pas impliqué directement, c’est plus difficile pour moi de justifier un investissement important. Sauf si je parviens à mettre les compétences d’Alinghi face à des partenaires commerciaux prêts à soutenir le projet. Si on arrive à trouver cet équilibre, Alinghi fera la Volvo. L’objectif est de ne pas perdre les compétences acquises depuis dix ans par l’équipe. Les bateaux de la Volvo sont com­plexes, et on aurait les moyens de concevoir un voilier performant. On a aussi certains équipiers compétents qui ont déjà fait le tour du monde et connaissent l’exercice. On a les ressources, il nous faut le financement. »

Pour conclure, Bertarelli n’exclut pas non plus le circuit des MOD 70 ou tout autre programme intéressant. A suivre…
 

Auto-promo

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Comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, j’ai le grand plaisir de vous présenter mon dernier livre, co-écrit avec le journaliste de L’Equipe Philippe Joubin et qui vient de paraître aux éditions L’Equipe. C’est l’histoire des tours du monde à la voile, de Magellan à Groupama 3, que ce soit en aventure, en course ou en record. Outre photos et texte, vous y retrouverez un dépliant de huit pages avec les silhouettes des principaux voiliers qui ont accompli le tour du monde. Et à la fin – gros boulot je vous l’assure ! – le palmarès complet de toutes les courses autour du monde.

En voici le sommaire :

PREMIÈRE PARTIE : ILS ONT TRACÉ LA ROUTE

Préambule avec les découvreurs
Magellan, La Pérouse, Cook, Dampier, Bougainville, Drake…
Ils ont tracé la route. Rapide histoire de ces explorateurs, de leurs découvertes, de leurs navigations, des conditions rencontrées ou des périls affrontés. Fin de ce préambule avec les premiers embryons de course au XIXe siècle, lorsque s’affrontaient grands voiliers puis clippers sur les routes du thé ou de la laine.

Les précurseurs aventuriers (les dates sont celles de leurs navigations) Slocum (1895-1898), Pidgeon (1921-1925 puis 1932-1937), Dumas (1942-1943), Alain Gerbault (1923-1929), Bardiaux (1966), Chichester (1996-67), Blyth (1971, 1er tour du monde à l’envers), Krystyna Chojnowska-Liskiewicz (1ere femme 1974-77), Naomi James (1er tour féminin via le Horn, 1977-1978) Kay Cottee (1er tour du monde non stop d’une femme, 1987-1988)… Ils ont montré la voie.

Les aventuriers modernes (ceux qui enchaînent les tours, les plus jeunes, les plus étonnants, etc…) : Alec Rose (1966), Tania Aebi (femme, tour entre l’âge de 18 et 21 ans, 1984-1987), David Dicks (plus jeune à faire le tour à 17 ans en 1996), Jesse Martin (jeune aussi), Adrian Flanagan (1er tour par les pôles), Jon Sanders (trois tours non stop en 658 jours), Serge Testa (tour sur le plus petit bateau, 3,6 m !), Reid Stowe (qui tente actuellement de rester 1 000 jours en mer !)…

SECONDE PARTIE : LES COURSES
En équipages réduits (solitaire ou double)
Golden Globe 1968-69
BOC devenu Around Alone (sept éditions depuis 1982)
Vendée Globe (six éditions depuis 1989)
Barcelona Race (en double, disputée en 2007-2008)
Et demain : Brest Ultime Challenge ?
En équipage
Whitbread devenu Volvo (dix éditions depuis 1973) ; Eric Tabarly 1989-1990,
Course des clippers (une édition, 1975-76)
Global Challenge (quatre éditions depuis 1992, contre vents et courants dominants)
Oryx Quest (une édition, 2005)
The Race (une édition, 2000-2001)

TROISIÈME PARTIE : LES RECORDS
En solitaire
Sens est-ouest
Colas (1974), Morgan (1986), Monnet (1988), Kersauson (1990), McArthur (2005), Joyon (2008), Coville (même s’il a raté en 2008 et 2009).
Sens ouest-est
Blyth (1971), Golding (1994), Monnet (2000), VDH (2004), Caffari
En équipage
Record absolu et Trophée Jules Verne
Peyron (1993, 2002 et 2005), Blake-Knox Johnston (1994), Kersauson (1997 et 2004), Fossett (2004), Cammas (20 mars 2010 – nouveau détenteur du Trophée Jules Verne sur Groupama en 48jours 7h 44mn 52s)

TOURS DU MONDE A LA VOILE
Courses & Records
Philippe Joubin – Loïc Le Bras
Préface de Michel Desjoyeaux
23,5 x 28 cm
240 pages + dépliant 8 pages
Prix public (France) : 39,00 € TTC
 

Aux armes, journalistes !

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Un petit coup de gueule de temps en temps, cela ne fait jamais de mal… Ce qui m’agace aujourd’hui, ce sont les nouveaux concepts de communication. Ah la belle foutaise !

Comme on pouvait s’y attendre, la conférence de presse d’Oracle à Rome le 6 mai n’a servi qu’à annoncer un calendrier et de prétendues intentions. C’est vrai qu’on imaginait mal le nouveau Defender annoncé la ville (sûrement San Francisco) de la 34e édition depuis Rome, avec 8 heures de décalage horaire, soit à 4h du mat’, pour les Ricains de la Côte Ouest.

Donc, désormais, à l’image de la Volvo Ocean Race annonçant les villes étapes une à une pendant deux mois, le nouvel art de la communication consiste à distiller l’information. A la distribuer au compte-goutte… Le tout, évidemment, pour augmenter le nombre de retombées puisque cela fait parler de l’événement autant de fois qu’il y aura de nouvelles annonces. Mais j’ai le sentiment qu’on prend un peu le public pour un gros jambon – et les journalistes aussi au passage – avec ce genre de stratégie.

Depuis bien longtemps, les organisateurs d’événements et leurs agences de communication imaginent que les médias ne sont finalement que des supports, des relais, de leur stratégie de communication. Heureusement, certains médias considèrent encore que leur métier est d’informer et non de communiquer – à l’instar du votre site préféré voilesetvoiliers.com qui révélait avant l’heure une partie du parcours de la Volvo. De même pour nos confrères du Télégramme qui annonçaient en une de leur quotidien l’étape de Lorient quelques jours avant l’annonce officielle et malgré l’embargo exigé par la course.

Mais paradoxe et curieux mélange des genres, c’est un dirigeant de ce même Télégramme qui sermonnait les journalistes en décembre dernier lors de la conférence de presse de la Route du Rhum (qui appartient à Pen Duick, donc au groupe Le Télégramme) afin de quasiment les obliger à écrire systématiquement dans leurs articles Route du Rhum – Banque Postale. Echanges de regards médusés dans la salle devant cette grosse maladresse qui confirme mes propos précédents sur le côté relais de communication !

C’était d’autant plus mal placé qu’il est quasiment blasphématoire d’ajouter le moindre mot à une course aussi légendaire que la Route du Rhum. La Banque Postale n’a qu’à créer son propre événement – à l’instar de la Transat Jacques Vabre – si elle veut voir son nom en haut de l’affiche. Mais tout le monde n’a pas la classe d’un Sodebo, principal sponsor du Vendée Globe, qui respecte le nom d’une course lorsqu’elle est devenue une institution… De même que les organisateurs de la Solitaire du Figaro ont compris qu’ils desservaient leur course en y ajoutant tous les trois ans le nom d’un nouveau sponsor, Vitarmonyl puis Afflelou. Du coup, Suzuki, dernier sponsor en titre de la Solitaire, n’apparaissait que sur les drapeaux ou les logos, mais pas dans le nom de la course. CQFD !

Pour revenir à la 34e édition de la Coupe de l’America, le calendrier prévoit donc de révéler le Protocole le 31 août, la nouvelle jauge le 30 septembre, l’avis de course le 31 décembre et le lieu à une date encore inconnue avant le 31 décembre. Tout cela alors que les trois quarts des décisions sont certainement déjà prises.

Il est donc de notre devoir de journalistes de ne pas respecter ce genre de calendrier et de chercher nous-mêmes l’info afin de vous informer du mieux possible, et non pas au bon vouloir de stratèges en communication qui prennent les médias pour un espace de pub ! Aujourd’hui, 80% de l’info que vous voyez à la télé, que vous entendez à la radio ou lisez dans vos journaux ou sur Internet provient de communiqué de presse. Il est temps d’inverser la tendance. Journalistes, à vos plumes…
 

Projet d’un nouveau Scow

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Suite à mon dernier post sur le proto 747 de David Raison – dont les premières images de navigation réalisées par Thierry Martinez lors du départ du Mini Pavois à La Rochelle (voir notamment cette photo à la hune) sont tout simplement hallucinantes – le jeune architecte naval Thomas Tison m’a envoyé un mail pour me présenter son projet baptisé Scow 1420, et dont l’objectif est de participer au Bol d’Or dans la classe LX-TCFX (la classe libre).

En voici une image 3D.



Quille pivotante, dérives asymétriques, bout-dehors, moulin à café, double barre à roue et cockpit dépouillé… Le – pour l’instant virtuel – Scow 1420 joue la carte de la puissance et de la légèreté.

D’après Thomas, les principaux avantages d’un Scow sont la puissance, l’assiette longitudinale et la surface mouillée. Quant aux performances, il les estime au près et au reaching 10 à 15% supérieures à un Psaros 40.

Jeune architecte naval diplômé de Southampton et de Cranfield en Angleterre, Thomas Tison a travaillé sur la Coupe de l’America pour Mascalzone Latino et Team Origin.

Il ne lui reste plus qu’à trouver un financement pour faire construire cet intéressant monocoque à quille pivotante. Bon courage…