Un petit coup de gueule de temps en temps, cela ne fait jamais de mal… Ce qui m’agace aujourd’hui, ce sont les nouveaux concepts de communication. Ah la belle foutaise !

Comme on pouvait s’y attendre, la conférence de presse d’Oracle à Rome le 6 mai n’a servi qu’à annoncer un calendrier et de prétendues intentions. C’est vrai qu’on imaginait mal le nouveau Defender annoncé la ville (sûrement San Francisco) de la 34e édition depuis Rome, avec 8 heures de décalage horaire, soit à 4h du mat’, pour les Ricains de la Côte Ouest.

Donc, désormais, à l’image de la Volvo Ocean Race annonçant les villes étapes une à une pendant deux mois, le nouvel art de la communication consiste à distiller l’information. A la distribuer au compte-goutte… Le tout, évidemment, pour augmenter le nombre de retombées puisque cela fait parler de l’événement autant de fois qu’il y aura de nouvelles annonces. Mais j’ai le sentiment qu’on prend un peu le public pour un gros jambon – et les journalistes aussi au passage – avec ce genre de stratégie.

Depuis bien longtemps, les organisateurs d’événements et leurs agences de communication imaginent que les médias ne sont finalement que des supports, des relais, de leur stratégie de communication. Heureusement, certains médias considèrent encore que leur métier est d’informer et non de communiquer – à l’instar du votre site préféré voilesetvoiliers.com qui révélait avant l’heure une partie du parcours de la Volvo. De même pour nos confrères du Télégramme qui annonçaient en une de leur quotidien l’étape de Lorient quelques jours avant l’annonce officielle et malgré l’embargo exigé par la course.

Mais paradoxe et curieux mélange des genres, c’est un dirigeant de ce même Télégramme qui sermonnait les journalistes en décembre dernier lors de la conférence de presse de la Route du Rhum (qui appartient à Pen Duick, donc au groupe Le Télégramme) afin de quasiment les obliger à écrire systématiquement dans leurs articles Route du Rhum – Banque Postale. Echanges de regards médusés dans la salle devant cette grosse maladresse qui confirme mes propos précédents sur le côté relais de communication !

C’était d’autant plus mal placé qu’il est quasiment blasphématoire d’ajouter le moindre mot à une course aussi légendaire que la Route du Rhum. La Banque Postale n’a qu’à créer son propre événement – à l’instar de la Transat Jacques Vabre – si elle veut voir son nom en haut de l’affiche. Mais tout le monde n’a pas la classe d’un Sodebo, principal sponsor du Vendée Globe, qui respecte le nom d’une course lorsqu’elle est devenue une institution… De même que les organisateurs de la Solitaire du Figaro ont compris qu’ils desservaient leur course en y ajoutant tous les trois ans le nom d’un nouveau sponsor, Vitarmonyl puis Afflelou. Du coup, Suzuki, dernier sponsor en titre de la Solitaire, n’apparaissait que sur les drapeaux ou les logos, mais pas dans le nom de la course. CQFD !

Pour revenir à la 34e édition de la Coupe de l’America, le calendrier prévoit donc de révéler le Protocole le 31 août, la nouvelle jauge le 30 septembre, l’avis de course le 31 décembre et le lieu à une date encore inconnue avant le 31 décembre. Tout cela alors que les trois quarts des décisions sont certainement déjà prises.

Il est donc de notre devoir de journalistes de ne pas respecter ce genre de calendrier et de chercher nous-mêmes l’info afin de vous informer du mieux possible, et non pas au bon vouloir de stratèges en communication qui prennent les médias pour un espace de pub ! Aujourd’hui, 80% de l’info que vous voyez à la télé, que vous entendez à la radio ou lisez dans vos journaux ou sur Internet provient de communiqué de presse. Il est temps d’inverser la tendance. Journalistes, à vos plumes…