Voici une excellente interview – à lire ici - parue la semaine dernière dans le quotidien suisse Le Temps et réalisée par l’excellente Isabelle Musy. C’est bien parce qu’elle suit la voile depuis plus de quinze ans et connaît très bien Ernesto Bertarelli qu’elle a réussi à le faire autant parler, et aussi franchement. Pour une fois, le patron d’Alinghi ne mâche pas ses mots et dit ce qu’il pense. Instructif à l’heure où tout le monde attend religieusement la bonne parole américaine sur la 34e édition de la Coupe de l’America.

Ernesto Bertarelli à la barre d’Alinghi 5 lors de la 33e Coupe de l’America à Valence, en février dernier. © photo : Carlo Borlenghi / Alinghi

Voici quelques extraits de son interview :

Jeter l’éponge ?

« J’y ai pensé au début. Mais je ne voulais pas faillir à ce devoir (de défendre la Coupe sur l’eau, ndlr) et je voulais aussi démontrer, sur la durée, que leurs critiques et leurs belles paroles n’étaient pas fondées. Si elles l’étaient, on aurait à l’heure qu’il est un programme clair de leur part, quelque chose de dynamisant et de constructif et davantage d’équipes prêtes à repartir. (…)

S’ils voulaient vraiment la démocratie, la première chose qu’ils auraient dû faire est de partager le Protocole signé avec Mascalzone Latino (Challenger of Record). Or, pour l’instant, personne ne l’a vu. S’ils voulaient la démocratie, ils feraient en sorte que l’on puisse tous commencer à travailler en même temps. Or ce n’est pas le cas. N’ayant pas de programme précis, les équipes ne peuvent pas se construire alors que Coutts, lui, recrute. Lorsqu’ils auront engagé tous les meilleurs et qu’il ne restera personne pour les autres, ils dévoileront le programme. Cela ressemble plus à de la démagogie qu’à de la démocratie. Tout le monde s’en rend compte, mais personne n’ose le dire. J’ai l’impression que tout le monde est à la table de Larry Ellison et attend gentiment le morceau de pain qui tombera par terre. Ce n’est pas mon genre. (…)

Russell Coutts a posé sur la table de certains de mes équipiers des offres avec des salaires faramineux sur quatre ans. Ellison a avoué avoir dépensé 400 millions de dollars pour la 33e Coupe. Rivaliser avec eux et tenir sur la longueur sera inabordable. On attend de voir ce qu’ils proposent. Pour l’instant, on n’a qu’un calendrier. Or on ne peut pas aller voir des sponsors juste avec une date. »

Ernesto Bertarelli ne croit pas une seconde que les Américains opteront pour le multicoque, bien qu’il soit convaincu que ce soit l’avenir de la Coupe. Néanmoins, même si c’est en monocoque, il n’exclut pas la possibilité de repartir dans l’aventure.

« S’il y a un projet avec une vraie plate-forme sportive et des bateaux modernes, intéressants et rapides, Alinghi est prêt à repartir. Ce n’est pas parce que la Coupe est entre les mains des Américains qu’il ne faut pas aller la chercher. Mais il ne faut pas que l’argent soit l’arme essentielle. Cela ne m’intéresse pas. »

Et la Volvo Ocean Race ?

« L’idée de recroiser le fer avec Team New Zealand rend l’exercice intéressant. Il y a aussi Groupama qui se lance avec Franck Cammas. C’est bien d’avoir une équipe française. Nous nous y prenons un peu tard (ndlr: la course part en septembre 2011) et, comme je ne me vois pas impliqué directement, c’est plus difficile pour moi de justifier un investissement important. Sauf si je parviens à mettre les compétences d’Alinghi face à des partenaires commerciaux prêts à soutenir le projet. Si on arrive à trouver cet équilibre, Alinghi fera la Volvo. L’objectif est de ne pas perdre les compétences acquises depuis dix ans par l’équipe. Les bateaux de la Volvo sont com­plexes, et on aurait les moyens de concevoir un voilier performant. On a aussi certains équipiers compétents qui ont déjà fait le tour du monde et connaissent l’exercice. On a les ressources, il nous faut le financement. »

Pour conclure, Bertarelli n’exclut pas non plus le circuit des MOD 70 ou tout autre programme intéressant. A suivre…