Je n’ai pas pour habitude d’écrire sur la politique, mais quand elle touche à notre liberté de naviguer et de régater, il faut réagir.

Le 22 juillet 2009, Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères, a présenté devant le Sénat un projet de loi relatif à l’action extérieure de l’Etat. Ce texte est revenu ces dernières semaines sur le devant de la scène.

Les articles 13 et 14 (les deux derniers) sont ainsi intitulés : Dispositions relatives au remboursement des frais engagés par l’Etat à l’occasion des opérations de secours à l’étranger.

L’article 13 est un bijou : «  L’Etat peut exiger (…) le remboursement de tout ou partie des dépenses qu’il a engagées ou dont il serait redevable à l’égard de tiers à l’occasion d’opérations de secours à l’étranger au bénéfice de personnes s’étant délibérément exposées, sauf motif légitime tiré notamment de leur activité professionnelle ou d’une situation d’urgence, à des risques qu’elles ne pouvaient ignorer au regard des mises en garde reçues. »

Une telle absurdité doit se déguster avec modération… Car le flou est total sur la notion de risque. A partir de quel moment est-il risqué de traverser la rue ?

Face au tollé suscité par ce texte, Bernard Kouchner a tout de suite tenu à rassurer les familles des journalistes de France 3 détenus depuis plus de six mois en Afghanistan. Bien que traités d’irresponsables par l’actuel gouvernement, et ayant soi-disant entraîné plusieurs millions d’euros de dépenses pour leur recherche, ils ne font pas partie de ce projet de loi. Pas les journalistes, pas plus que les humanitaires. Mais qui alors ?

Les plaisanciers bien sûr ! Qui osent défier de leurs petits bras musclés des pirates de plus en plus nombreux dans le monde. Ce qui oblige la marine française à engager “d’énormes“ moyens – qu’elle n’a plus avec la crise, vous savez bien, les caisses sont vides ! –pour les sauver.

Oser demander à Chloé Lemaçon de rembourser le prix de la balle française qui a tué son mari Florent serait avec cette loi du plus grand cynisme !

Les Lemaçon aussi avaient été traités d’inconscients à l’époque. Imaginez, ils ont contourné la Somalie à plus de 400 milles au large, comme la marine le leur avait recommandé !

En réalité, les vrais inconscients sont les hommes politiques qui n’ont décidément rien de mieux à faire que de pondre des lois aussi absurdes et sans intérêt. Et qui, dans le cas des secours en mer, vont à l’encontre de la convention de Hambourg de 1979 qui assure notamment la gratuité du sauvetage en mer.

D’ailleurs, les militaires sont souvent les premiers à le reconnaître, le débat sur les dépenses engagées est un faux débat… qui revient presque tous les quatre ans lorsque nos amis australiens viennent en aide à un coureur du Vendée Globe. Qui doit payer la facture ?

La vraie réponse est : personne. Parce qu’il n’y a rien à payer.

Dans le cas de Yann Eliès, par exemple, les Australiens ont annoncé que le sauvetage avait coûté 490 000 euros. Faux ! Les salaires des marins sont les mêmes. L’entretien du HMAS Arunta est déjà budgété dans le fonctionnement de la marine australienne. Quant aux heures d’hélico ou à l’essence consommée, ils les auraient de toute façon cramées lors d’entraînements ou de patrouilles afin de respecter leurs quotas et s’assurer d’avoir la même subvention l’année d’après. Donc, cela ne coûte rien de plus puisqu’il ne s’agit pas de sociétés privées, mais de militaires.

Mais avec de telles lois, on peut se demander à quand le remboursement des pompiers si vous mettez accidentellement le feu à votre maison ?