Après la Transat Anglaise, qui s’est éteinte en 2008 – du moins pour les professionnels – c’est au tour de l’ex-Boc Challenge, aujourd’hui Velux 5 Oceans, de mourir à petit feu.

Ils n’étaient que cinq à s’élancer hier dimanche de La Rochelle pour la 8e édition de ce tour du monde en solitaire avec escales. Peut-on encore parler de course avec un plateau aussi famélique ? Et plus le moindre professionnel !

Cette épreuve, organisée par Sir Robin Knox-Johnston – premier navigateur à boucler le tour du monde en solitaire sans escale en 69 – n’attire plus les grands coureurs. Pourtant, cette course mythique a consacré de grands marins. Philippe Jeantot et Christophe Auguin d’abord, double vainqueurs des quatre premières éditions, Giovanni Soldini ensuite et Bernard Stamm enfin, troisième double vainqueur. Grands spécialistes de la course au large en solitaire, les Français boudaient déjà la dernière édition, signe d’un désintérêt grandissant.

Le déclin a commencé en 1998, lorsqu’ils n’étaient plus que deux à l’arrivée dans la catégorie des 60 pieds IMOCA, Soldini et Marc Thiercelin, sur sept concurrents au départ. De 25 candidats répartis dans deux ou trois classes en 86 et 90, la participation n’a cessé de chuter à chaque édition. 20 en 94, 16 en 98, 13 en 20002 et 7 en 2006.  Le Vendée Globe a tué le BOC Challenge. La Barcelona World Race achève son enterrement.

Le Vendée Globe est né de l’imagination de coureurs du BOC en escale au Cap, en Afrique du Sud. Les escales étaient trop longues, et coûtaient trop cher. Ils ont donc imaginé un BOC sans escale ! On connaît la suite…

De son côté, la Barcelona World Race, dont la 2e édition s’élancera le 31 décembre d’Espagne, fait recette. Ils seront quinze tandems autour du globe cet hiver. La concurrence directe des calendriers entre la Velux 5 Oceans d’un côté, et la Route du Rhum + la Barcelona World Race de l’autre a définitivement occulté la plus ancienne.

Pour pallier l’absence des pros, Clipper Ventures, la société organisatrice, a imaginé une nouvelle classe de bateau : les ECO 60. Une classe réservée aux anciens 60 pieds IMOCA construits avant 2002. ECO comme économique et écologique. Car en plus d’être moins cher que les 60 pieds modernes, ils doivent répondre à un souci écolo en utilisant un maximum d’énergie renouvelable. Le problème, c’est que ces bateaux, construits entre 91 et 99 sont vieux et de plus en plus fatigués. Ils cassent plus facilement, comme l’a constaté le Belge Christophe Buellens, victime d’un démâtage sur l’ex-Fujicolor II de Loïck Peyron lors du convoyage pour rejoindre La Rochelle. Avec cinq concurrents au départ, le risque de ne pas en avoir un seul à l’arrivée n’est pas négligeable ! Faire le tour en solitaire ne sera jamais une promenade de santé pour le skipper, ni pour son bateau…

A l’aube de cette 8e édition, beaucoup de questions apparaissent :
- Y aura-t-il une 9e édition en 2014 ?
- Velux, la société danoise qui sponsorise l’épreuve, va-t-elle s’y retrouver financièrement sur cette édition au rabais ?
- Comment justifier 15 millions d’euros de budget d’organisation (le double du Vendée Globe) avec si peu de retombées à venir ?

Il reste deux points à souligner pour terminer sur une note positive :
- l’ambiance du départ à La Rochelle était digne des grandes courses au large. Le public avait répondu présent, et sera sûrement tout aussi chaleureux pour les accueillir à leur retour dans huit mois.
- Les cinq concurrents de cette année ont décroché le jackpot (sûrement le dernier) puisqu’ils se partageront à cinq les 500 000 euros de primes, soit l’équivalent du dernier Vendée Globe.