On a craint le pire lorsque que, coup sur coup, on apprenait les avaries du Crêpes Whaou 3 de Franck-Yves Escoffier puis de l’Actual d’Yves Le Blévec pendant la Route du Rhum.

Etrave brisée nette pour le premier contraint de progresser à vitesse réduite pour calfeutrer le trou par l’intérieur avec un gennaker puis d’installer des voiles et sacs étanches autour du moignon d’étrave par l’extérieur.


Crêpes Whaou 3 à son arrivée en Guadeloupe. Franck-Yves Escoffier a récupéré le morceau d’étrave arraché, ce qui permettra peut-être aux experts de comprendre l’origine de l’avarie. © photo : Crêpes Whaou

Bras fissuré pour l’autre à cause d’une voie d’eau dans la coque centrale qui s’est retrouvée en surcharge pondérale (entre 1 et 2 tonnes d’eau se sont engouffrées rapidement à l’intérieur). Un surpoids à l’origine d’efforts trop importants pour le bras avant tribord.


Première photo envoyée depuis Actual peu après l’apparition de la fissure du bras avant. © photo : Yves Le Blévec.

Dans les deux cas, les deux marins se trouvaient à près de 800 milles de la Guadeloupe et plus de 1500 milles des Açores. Autant dire au milieu de nulle part. Difficile de monter une expédition pour aller chercher les bateaux si les marins doivent les abandonner pour sauver leur peau.

Mais heureusement, Franck-Yves Escoffier et Yves Le Blévec n’ont pas paniqué et se sont retroussé les manches. Pour Franck-Yves, l’avarie, bien qu’impressionnante, n’était pas structurelle. Le Malouin, qui a eu un petit moment d’abattement, regrettait même de ne pas avoir réagi plus vite afin de rester en course. Yves Le Blévec, en revanche, a navigué pendant plusieurs jours avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Sa situation était précaire. Si le bras, fissuré au trois quarts, lâchait, le trimaran chavirait et Le Blévec perdait son beau trimaran. Mais avec l’énergie qu’on lui connaît, Yves s’est battu pour réparer du mieux possible ses deux avaries. L’homme est bon marin, mais aussi excellent technicien, capable de construire ou réparer des bateaux. C’est certainement ce qui a sauvé son trimaran. Pour mémoire, c’est lui qui avait réparé la boule de pied de mât fissurée sur Orange 1 lors de la remontée de l’Atlantique sur le Trophée Jules Verne 2002. Une boule de Titane de 12 cm de diamètre sur laquelle reposait les 1200 kg de l’espar ! Il fallait du sang froid à l’époque pour tendre ses bras là-dessous et plâtrer la boule. Il en fallait encore cette fois-ci pour aller réparer sous l’eau la voie d’eau de sa coque centrale dans son trimaran Actual


A gauche, l’avant de la coque centrale rempli d’eau de mer. On aperçoit au fond le bleu de la mer. 

A droite, le même angle après la superbe réparation  d’Yves Le Blévec, contraint d’aller strater sous l’eau une pièce de composite, étayée par des morceaux de lattes de rechange. Du bel ouvrage ! © photo : Yves Le Blévec.

Grâce à leurs équipes techniques solidaires dans l’adversité, les deux hommes ont été rejoints en pleine mer par un grand catamaran de location. L’assistance étant interdite en dehors d’un port ou d’un mouillage, les deux concurrents ont donc rejoint la Guadeloupe hors course, mais heureux d’avoir sauvé leurs deux trimarans.

Avec l’avarie de bras de Prince de Bretagne l’année dernière, et l’étrave cassée / chavirage (on ne sait pas qui est la cause de l’autre) d’Actual au départ de la Transat Jacques Vabre 2009, cela fait quatre grosses avaries sur les trois récents trimarans de la classe Multi 50 en à peine plus d’un an. Pas vraiment une bonne pub pour la classe !

Afin de pérenniser cette classe qui mérite amplement sa place au soleil de la course au large, les architectes, les coureurs et les jaugeurs devront certainement se réunir autour d’une table pour que de telles avaries ne se limitent qu’à des accidents avec des ofni ou des cas de conditions météo extrêmes et, espérons-le, rares…