Coup dur pour Jean Le Cam et Bruno Garcia ! Lundi soir, leur 60 pieds Imoca Président a démâté. Les skippers sont sains et saufs et ont prévenu la direction de course à 20h25. A 23h18, le communiqué de presse de l’organisation est envoyé aux journalistes. Et là, c’est le service minimum, le royaume de la non-communication…

 

Pour l’avoir vécu personnellement sur de nombreuses courses, il est étonnant de voir à quelle vitesse un directeur de course et/ou un chargé de communication d’un bateau peut se noyer dans un verre d’eau !

 

Ils ont démâté. Coup dur. Mais sont sains et saufs et à 83 milles du Cap Vert. La situation pourrait donc être bien pire. Aucune crainte… Eh si pourtant ! Mais quelle crainte alors pour l’organisateur ou le sponsor ? La paranoïa des assurances ! Il faut contrôler le moindre mot écrit pour qu’il ne se retourne pas contre le skipper, l’armateur ou le sponsor au moment de se faire rembourser les dégâts de l’accident et les frais de rapatriement et de réparation.

 

Les assurances, c’est bien connu, sont beaucoup plus rapides à vous taxer qu’à vous rembourser. En course, c’est un drame… Toutes les raisons sont bonnes pour éviter de mettre la main au portefeuille. Résultat : les organisations et les équipes deviennent totalement paranos et ne communiquent plus au moment où justement il se passe quelque chose d’important sur la course… Paradoxal !

 

Les journalistes ou rédacteurs embauchés pour raconter la course sont alors mis sur la touche. Le style s’en ressent. Il suffit de lire le communiqué de presse du jour de la Barcelona World Race pour s’en rendre compte. (Ne le cherchez pas sur le site voilesetvoiliers.com, nous ne reprenons jamais un communiqué de presse. Tout ce que vous lisez est écrit par nos propres journalistes ou sont des récits de lecteurs. Mais vous retrouverez ce communiqué texto sur tous les autres sites d’informations sur la voile qui se contentent de faire du copier-coller !)

 

Dans ce communiqué, vous ne saurez pas s’ils étaient à 83 milles dans le nord ou le sud de l’archipel. Pas pareil d’être face aux alizés ou de dos !
Vous ne lirez pas non plus la moindre réaction des acteurs Le Cam et Garcia. Sont-ils résignés, fatalistes, abattus ? Le Cam, qui a vécu des situations bien pires est-il d’un bon secours psychologique auprès du cardiologue espagnol qui rêvait de vivre un tour du monde avec son idole ? Trop tôt pour le dire. Il faudra attendre les prochains communiqués…
En quelle position étaient-ils au moment de l’incident ? A quelle distance du premier ? Avaient-ils perdu ou gagné des places ? Perdu ou gagné des milles sur le leader ? Quelle voilure portaient-ils ? Grand-voile haute/gennaker ou 1 ris/trinquette ? Quel vent y avait-il ? Tout ça ne vous regarde pas… Et ce n’est pas l’organisation qui vous rappellera que Mike Golding a démâté durant le Vendée Globe sur ce même bateau alors qu’il venait de prendre la tête. Y aurait-il un problème de conception ?

 

En revanche, vous saurez que « le directeur de l’équipe et la direction de course sont en contact permanent avec le bateau. »
Que « le directeur de course est en contact direct avec l’équipe à terre de Président pour superviser l’avancée du bateau jusqu’à San Antao. »
Et enfin, « que l’équipe est actuellement en contact permanent avec la famille et les proches et les informe de l’évolution des opérations en cours ».

 

Le contraire serait étonnant !

 

L’organisation a embauché trois excellents rédacteurs journalistes, Dominic Bourgeois, Camille El Bèze et Pierre-François Bonneau pour nous faire vivre ce tour du monde en double. Dommage qu’ils ne leur laissent pas la possibilité de nous raconter à leur manière cet incident. Ça nous éviterait ce communiqué froid, sans émotion, sans citations et sans la plupart des informations importantes…