16 jours de course. De fatigue. De stress.
Une arrivée hallucinante avec 2 minutes 45 s d’écart entre les deux premiers !
Le troisième termine à seulement 5 minutes 42 s du vainqueur.
Cette première Transat Bénodet-Martinique était palpitante à suivre.
Une belle réussite.
Bravo à tous !

 

Patatras… Le Jury est passé par là et a magnifiquement gâché la fête !

 

Nicolas Lunven, dont personne ne remet en cause ni le talent ni l’honnêteté, vient d’écoper de 35 minutes de pénalité – et donc de dégringoler à la 5e place – pour avoir embarqué… un Thermos !
Oui, vous avez bien lu.
Ce n’est pas un téléphone satellite ou tout autre système interdit par la classe.
Non, il a juste été contrôlé avec un Thermos… de trop !
Les règles de course autorisent 25 litres. Et pas un dé à coudre de plus…

 

Le pauvre Nicolas, qui vit un cauchemar au lieu de savourer tranquillement sa belle victoire, a eu le malheur d’embarquer son Thermos le matin du départ en même temps que son sandwich du jour. Une faute grave et impardonnable visiblement puisqu’elle lui coûte la victoire.

 

Oui mais voilà ! La règle, c’est la règle diront certains…
Eh bien, je ne suis pas de cet avis.

 

Dans la vie, il y a des lois ou des règles. Il y a des tribunaux, des juges ou des jurys pour les faire respecter. Mais aussi pour les interpréter. En fonction de la situation. Si la vie se limitait à l’équation : une faute = une sanction. Tous ces gens de lois ne serviraient à rien. Et la tolérance n’existerait pas.

 

Or, dans le cas présent, il paraît évident qu’il n’y a pas volonté de tricher.

 

Le pire dans cette histoire est que ce contrôle a été effectué au départ et non à l’arrivée.

 

Le jaugeur a demandé à Nicolas de débarquer avant le départ une bouteille d’eau 1,5 litre en compensation. Mais l’infraction était commise, et la sanction inévitable. C’est malheureusement la règle dans la classe Figaro.

 

Même pas sûr dans cette histoire que Thomas Rouxel, qui n’a rien demandé à personne non plus, apprécie vraiment d’être déclaré vainqueur de la Transat Bénodet-Martinique dans ces conditions.

 

Pour finir ce sujet navrant, voici la déclaration de Pierre Bojic, le directeur de Pen Duick, organisateur de l’épreuve. Juste et parfaitement tournée. A lire entre les lignes…
« Je prends acte des décisions du jury de la Fédération Française de Voile qui applique les règles de la Classe Figaro Bénéteau. Mais la performance sportive de l’ensemble des skippers reste tout à fait exceptionnelle, unique et incontestable. Je salue cet exploit. »

 

PS : l’affaire n’est pas terminée. Nicolas Lunven a demandé conseil à son sponsor et aux avocats de celui-ci pour savoir quel recours il pouvait intenter.

 

PS 2 : Anthony Marchand et Francisco Lobato ont écopé de la même pénalité pour la même raison. Erwan Tabarly a pris 17min 30s de pénalité pour deux plombs cassés au niveau de son radeau de survie.
 

MAJ 03.05 : 

Mon confrère Philippe Eliès du Télégramme, qui suit de près toutes les courses Figaro, m’a envoyé un mail suite à ce billet pour m’informer que :

- Nicolas Lunven aurait été prévénu par les jaugeurs de son infraction avant de partir. 

- que les 35 minutes de pénalité correspondent à 1 minute par tranche de 100 milles de course sur le parcours de 3474 milles.

- que le président de la commission jauge-monotype de la classe Figaro n’est autre que… Nicolas Lunven. 

- Qu’en 2006, sur la première étape de la Solitaire, Gérald Véniard, vainqueur, avait vécu la même mésaventure. 24 minutes de pénalité pour poids excédentaire du matériel embarqué.

- Et que les coureurs s’engagent à ne pas poursuivre le Jury devant des tribunaux. Le seul recours possible est donc le jury d’appel de la FFVoile. 

Merci Philippe pour toutes ces précisions…


2e MAJ 03.05 :

 

Le site OuestFrance.fr rapporte la réaction de Nicolas Lunven suite à cette pénalité :

« Pour rouvrir le dossier, il faut apporter un fait nouveau. On me reproche d’avoir embarqué une gamelle dont l’utilisation première, principale et unique est de me faire à manger, c’est une thermos avec un couvercle, on me reproche de pouvoir y mettre de l’eau. Un contenant même vide est considéré comme plein. Un bidon avec des piles ne rentre pas dans cette catégorie. Et il y a trois semaines, j’ai couru et gagné la Solo des Sables dans la même configuration ; j’ai été contrôlé et autorisé par le jaugeur. Entre-temps c’est devenu un contenant liquide. Il y a deux poids et deux mesures, c’est vraiment jouer avec les mots. On me reproche un excèdent d’eau mais la pénalité sort un article qui sanctionne les kilos en trop. On est trois à avoir la même gamelle, les jurés ne se sont pas posé la question. Je vais essayer de me battre, Generali est à fond derrière moi car mon métier c’est avant tout de faire du bateau. Cela vaut le coup pour moi, pour les copains, pour Thomas (Rouxel) qui n’est pas heureux de la situation. Dimanche soir, je me suis enfermé dans ma chambre mais j’ai reçu des messages et des sms des dix premiers. Je ne veux pas ressembler à un tricheur, on sait tous l’investissement qu’on met dans ces bateaux et dans une course. Et on me reproche 1,2 litre. À Bénodet, on m’a demandé de faire descendre une bouteille d’eau d’1,5 litres, pourquoi pas la gamelle si je l’ai embarquée pour tricher ? Et pendant toute la traversée, j’ai pu constater qu’elle n’était pas étanche. »