Où va l’Imoca ?

 

En quelques jours, on apprend que :
- faute de concurrents (4 engagés contre 10 requis) le tour de l’Europe qui devait s’élancer le 2 juillet est reporté d’un an à mai 2012
- que la Transat anglaise (juin 2012) continue de mourir à petit feu, reportée aux calendes grecques pour faire place au tour de l’Europe.
- et que le tour du monde en solitaire avec escales – qui n’est plus au calendrier Imoca depuis trois ans – abandonne doucement les 60 pieds monocoques pour se tourner vers les monotypes de 52 pieds SolOceans…

 

Si l’on ajoute à ce tableau
- le coût de construction qui a doublé en dix ans, passant de 1,7 à 3,5 millions d’euros environ.
- et une Barcelona World Race dont le succès quantitatif (14 au départ) n’a tenu cette année qu’à la législation espagnole en matière de défiscalisation, mais dont la loi pourrait être abrogé d’ici peu…
On peut se poser des questions sur l’avenir de la classe.

 

Les plus critiques disent même que l’Imoca répète les mêmes erreurs que feu la classe Orma des multicoques de 60 pieds qui, après avoir vécu une période prospère au début des années 2000, a sombré rapidement après la terrible Route du Rhum 2002.

 

Un bémol à cette critique. L’Imoca dispose avec le Vendée Globe de la course la plus exceptionnelle du paysage nautique français.
A savoir :
- l’épreuve la plus populaire qui, au départ comme à l’arrivée, attire les foules bien au-delà des simples passionnés de voile.
- les plus importantes retombées médiatiques en France par le nombre de médias
- qui plus est étalées sur trois à quatre mois d’hiver

 

Bilan : aujourd’hui, le Vendée Globe sauve l’Imoca de vivre la même fin que l’Orma.

 

Oui, mais qu’en sera-t-il dans quelques années ?

 

Qui aurait imaginé dans les années 90 que la Transat anglaise, la mythique Ostar doublement remportée par Tabarly, disparaîtrait lentement vingt ans plus tard ?

 

Qui aurait imaginé après l’incroyable duel Auguin / Gautier sur le BOC Challenge 90 que cette course planétaire s’écarterait doucement des 60 pieds monocoques pour se tourner vers des monotypes de 16 mètres ?

 

Qui sait si le Vendée Globe sera toujours aussi attrayant dans dix ans ?

 

Qui peut prédire l’avenir de cette course si la flotte du Vendée Globe connaissait le même pourcentage de casse que le Rhum 2002 (3 trimarans sur 18 à l’arrivée) ?

 

A ces questions, l’Imoca a tenté de répondre en prenant son destin en main depuis trois ans. Pour ne pas être “vendéeglo-dépendant“, l’Imoca a édité avec plusieurs saisons d’avance un calendrier fourni afin d’aider les skippers à offrir des retombées à leurs sponsors.

 

Le raté de l’Europa Race est certainement dû à la proximité entre l’arrivée de la Barcelona WR et le départ du tour de l’Europe. A peine trois mois. Trop court pour remettre les bateaux en état. Mais ce report soulève aussi un autre problème de gouvernance de l’Imoca. Les coureurs concoctent eux-mêmes un calendrier qu’ils boudent ensuite ! Il faudrait, pour éviter ce genre de couac, que les coureurs s’engagent à participer aux courses pour lesquelles il votent favorablement.

 

L’Imoca est une classe aujourd’hui bien portante qui doit apprendre des erreurs des autres – et des siennes – pour continuer d’occuper une place de choix dans le monde de la course au large. Après l’euphorie du Vendée Globe 2008 – 20 nouveaux bateaux construits – l’arrivée d’au moins sept nouvelles unités entre 2009 et 2012 prouvent que la classe continue d’attirer autant skippers et partenaires. Gare à bien anticiper la météo pour rester encore longtemps dans des vents portants…