… à l’adresse des organisateurs de la Volvo Ocean Race.
Bravo ! Avec beaucoup de talent, vous avez réussi un tour de magie phénoménal sur cette deuxième étape, qu’on peut qualifier d’étape la plus bizarroïde de l’histoire de la course au large.
Quel tour ? Celui de désintéresser de cette épreuve les rares aficionados qui se passionnaient encore pour cette régate à six bateaux (et encore, juste les premières heures de course).
Oui, grâce à votre zone furtive et votre excès de communication sur le port-secret-dont-il-ne-faut-pas-dire-le-nom-pour-éviter-que-des-méchants-pirates-viennent-nous-voler-nos-jouets-à-10-millions, vous avez réussi à nous détourner de cette épreuve historique et dont le plateau famélique cette année était heureusement compensé par l’homogénéité des concurrents.
Pour des raisons certainement financières, d’assurance et autres que j’ignore et dont je n’ai que faire, vous avez donc infligé à tous les passionnés de voile, de stratégie et de course au large une grande frustration en nous privant de la fin de “cette première partie de deuxième étape“. D’autant plus frustrant que Groupama 4, le bateau français, était en tête à l’entrée de cette zone furtive. Mais comment a-t-il perdu trois places ? Que s’est-il passé ? C’est quoi ce pot-au-noir indien ? Impossible à comprendre sur le moment sans cartographie, champs de vent, etc. Les abonnés à Voiles et Voiliers ont heureusement eu le droit après l’arrivée à une analyse à lire dans cet article.
Les raisons de ma colère ? Mon sentiment que tout ceci est largement exagéré. Que le tracé de cette deuxième étape passait très loin des zones de pirateries, comme le montre la carte ci-dessous des attaques recensées en 2010. Alors, même si les pirates s’éloignent de plus en plus des côtes africaines, ils ne sont encore jamais allés jusqu’aux Maldives. En rajoutant des way-points comme l’archipel des Chagos à laisser à bâbord, vous auriez très bien pu obliger les concurrents à contourner largement la zone dangereuse du nord-ouest de l’océan Indien. Et donc, éviter tout votre cinéma sur cette zone furtive.
Même si la piraterie s’en approche de plus en plus, les Maldives, au sud de l’Inde, n’ont encore jamais été touchées par des attaques de pirates. En jaune, les tentatives d’attaque. En rouge, les attaques réelles. © photo : DR.
Car, si tant est que des pirates se soient intéressés à vos bateaux, quitte à partir très loin, ils pouvaient venir les chercher au large de l’île Maurice, à 1500 milles de Mogadiscio, là où les positions étaient encore connues, soit la même distance qu’entre la corne africaine et le port de Malé aux Maldives !
Oups, j’ai écrit Malé ! Fallait pas l’écrire ? Ben, en même temps, c’est quand même le seul port de l’océan Indien avec un aéroport à côté. Les pirates ne sont pas totalement ignares. Et combien lisent mon blog ?
Non, sérieusement, vous avez franchi la ligne du ridicule. Sans parler des photos du cargo que vous envoyez avec le bastingage recouvert de fil barbelé. Je ne suis pas spécialiste en attaque terroriste, mais je ne crois pas que des barbelés arrêtent les lance-roquettes que possède tout pirate qui se respecte. Encore du cinéma. Comme cette inquiétude revendiquée quant aux essais iraniens de missile dans de détroit d’Ormuz au moment où le cargo croise dans les parages. Peuvent-ils sérieusement s’amuser à tirer sur des cargos de passage ?
Appréciez les barbelés le long du bastingage de ce cargo jaune facilement repérable avec ces trois grandes grues blanches. © photo : Paul Todd / Volvo Ocean Race
Dernière contradiction beaucoup plus inquiétante cette fois-ci (déjà évoquée sur ce blog le 22 août). Vous prenez des précautions pour éviter des pirates là où il n’y en a pas, mais vous n’hésiterez pas sur la 3e étape à envoyer la flotte traverser le détroit de Malacca, entre Indonésie et Malaisie, où les pirates pullulent et ne semblent pas beaucoup plus coopératifs que leurs collègues africains ! Allez comprendre…
A la différence des Maldives, le détroit de Malacca est une zone hautement plus dangereuse à traverser, comme le montrent toutes les attaques recensées dans les parages. © photo : DR.
ps : Pas de massage ni de spa pour les concurrents lorsqu’ils reviendront aux Maldives lors de la 3e étape. Le gouvernement a demandé la fermeture immédiate de tous ces centres de soin, sous la pression du parti islamiste d’opposition qui considère ces centres comme des lieux de prostitution ! Comme quoi, la bêtise est universelle…
ps 2 : la victoire de Groupama 4 dans le sprint final entre Sharjah et Abu Dhabi fait plaisir pour tous ces garçons du bord et de leur équipe à terre qui se démènent depuis des mois pour vivre de tels moments… Bravo les gars. Continuez à nous faire rêver, même dans les zones furtives !



Merci !! Certes, ce n’est pas directement V&V, mais ça fait du bien de voir que les journalistes de mon magazine favori ont encore quelque chose à dire en dehors de la pensée unique.
Article un peu brut de décoffrage abondamment commenté sur le site « au large »! Mais c’est vrai que le coup du cargo c’est un peu too much.
Ce n’est pas le port-secret-dont-il-ne-faut-pas-dire-le-nom-pour-éviter-que-des-méchants-pirates-viennent-nous-voler-nos-jouets-à-10-millions c’est THE PANTS = PORT AU NOM TENU SECRET
Un peu léger comme analyse et surtout très égoiste.
Nous mais vous avez raison. Comment a t’on pu priviligier la sécurité et la vie (oui la vie car il y des cas de morts d’homme) des marin au plaisir du voileux cybernétique avachie bien au chaud dans on canapé devant son écran
Voir le bilan ci joint http://www.armateursdefrance.org/01_hune/03_position.php?dossier=PIRATERIE+(Dossier) : 2010 : 1181 otages et 8 tués! (a pein 4 attaques pour Malacca qui se contentent de piller plutot que de retenir en otage en échange d’une rançon)
Sur les barbelés pas compliqué par une simple recherche sur internet de voire que c’est l’une des principales recommendation des organismes internationaux : http://www.cusnc.navy.mil/marlo/Guidance/BMP4_web.pdf
voir les p 23-30
Et puis cette carte sur 2011 est assez interessante aussi : http://www.icc-ccs.org/piracy-reporting-centre/imb-live-piracy-map
Bonjour,
Très bon article sucitant, ici et ailleurs, un grand nombre de réactions.
Je me permets, à mon tour, de commenter certains points…
- Votre cartographie des attaques de pirates, ne montre pas l’entrée du détroit d’Ormuz. Un nombre non-négligeable d’attaques se sont produites sur l’axe Archipel de Chagos – Ormuz. Le danger était donc réel de croiser un bateau pirate, non pas réellement intéressé par les VO70, mais croisant peut-être simplement dans les parages. La zone est, en tout cas, dans leur périmètre d’action. De plus, quand un voilier de croisière se fait attaquer, on pointe en priorité l’inconscience de l’équipage de naviguer dans ces zones à risques. Quel aurait été le message envoyé au « monde » si des bateaux de course se mettaient à aller jouer dans ces eaux dangeureuses? Mais – et je crois (j’espère?) que nous sommes tous d’accord sur ce point – ce n’est pas pour autant que nous devons nous priver d’une escale à Abu Dhabi… bien au contraire. Il faut donc trouver des solutions, et celle que nous venons de vivre en est une.
- De nombreux bateaux de commerces/cargos sont équipés de barbelés sur leur franc bord afin de dissuader les assaillants mais aussi les tentatives d’intrusions de passagers clandestins. Ce dernier point est un autre débat…
- Les raisons pour lesquelles le port de Malé n’a pas été clairement cité n’est peut-être pas uniquement sécuritaire. En effet, et ceci n’est que mon humble avis, l’étape est bien Le Cap – Abu Dhabi. A partir du moment où il est décidé de couper cette étape en 2, il faut certes trouver un nouveau port mais pour autant ne pas transformer la course en Le Cap – Malé, Sharjah – Abu Dhabi. Les ports étapes paient de grosses sommes aux organisateurs pour accueillir une étape et récolter les retombées financières, publicitaires et touristiques. Imaginez la réaction de la ville de Lorient (qui a des difficultés à payer les organisateurs et doit même emprunter) s’il voyaient que Malé récolte tous les lauriers sans avoir versé le moindre centime? (et en ayant surement monayé ses services…) C’est aussi une question d’équité et de justice envers les autres ports.
Commentaires bienvenus!
Bonne journée et merci pour ce blog sympa.
David
Réponse à David :
Une vision très fric de notre jeu. Bien sûr qu’on ne demande pas d’envoyer les VOR dans les zones à pirate. Mais on se fout totalement qu’ils aillent à Abu Dhabi. Contrairement à vous, je pense que c’était une excellente raison de se priver d’une escale douteuse. Pb : ils ont payé. Personnellement, je suis consterné par ce mode d’organisation des courses au large. Une étape devrait être choisie à partir de critères uniquement sportifs, pas financiers. Je crois très sincèrement que la voile telle que je l’aime est morte le jour où certains ont prétendu gagné de l’argent avec.
1- La Communauté d’Agglomération de Lorient n’a en aucun cas des difficultés à payer les organisateurs
2- La Communauté d’Agglomération de Lorient n’emprunte pas elle met en place un système d’avances remboursables pour les organisateurs lié au de budget de production nécessaire avant la commercialisation du village.
Bien cordialement
Cher Loic,
Je ne suis pas sûr que tu connaisses bien le sujet pour écrire de tels conseils. De l’avis de tous les spécialistes du renseignement maritime national (notamment notre Marine Nationale) et international, l’océan Indien est devenu zone de guerre, 41 marins y ont trouvé la mort en 2011. Le terme « Guerre » peut paraître excessif à quelques plaisanciers nostalgiques d’une liberté de circuler perdue – nombres de zones terrestres sont également devenues – hélas – infréquentables ces 20 dernières années -, mais c’est le terme généralement employé par les dits spécialistes. Tous les avis sont convergents : il est suicidaire de naviguer en gros entre le nord des Seychelles (autour du 10°N) et le détroit d’Ormuz, quelque soit la longitude empruntée.
Est-ce une raison pour ne pas essayer de contourner cet obstacle et d’accéder à des nations qui souhaitent l’ouverture au monde et à notre sport. On devrait se réjouir de cette envie.
Je comprends la frustration des nostalgiques de la Whitbread, dont tu fais sûrement partie, mais de grâce, renseigne-toi auprès des personnes ad hoc avant de donner des conseils en matière d’organisation de course.
Malacca et la mer de Chine ne participent pas du tout la même problématique. Les attaques – bien réelles – qui arrivent sont uniquement (pour l’instant) motiver par l’argent immédiat. Les risques ne sont donc pas les mêmes, ni dans leur nature, ni dans leur dangerosité.
La Volvo a pris les bonnes décisions grâce aux conseils qu’elle a reçus. Et si tant de mystères entourent ce port secret, – dont tout le monde a une idée, car il ne faut pas être grand clerc pour le deviner, – c’est qu’elle s’interdit d’en dire le nom officiellement par principe. On peut au moins respecter ce principe quitte à se livrer personnellement à quelques savants calculs, cap, vitesse, eta… pour trouver l’adresse.
Ton article devrait sans doute être davantage respectueux de la sécurité des marins de cette course, qui, eux, ont tous souscrit à cette mesure, afin que la course puisse se rendre à Abu Dhabi. Même si la cohérence des Etape 2 et 3 en souffre, ce que personnes ne conteste. On préfèrerait tous un départ et une arrivée avec un seul vainqueur. Pour se plier aux exigences de l’Histoire, le Dakar est parti en Argentine, la Volvo prend le cargo. En fait, cela ne devrait faire rire personne.
J’ai pour principe de ne pas intervenir dans les commentaires de mon blog, mais parfois, une petite mise au point s’impose.
Cet espace est dédié aux lecteurs de ce blog. C’est l’endroit pour eux d’exprimer leur opinion. Le mien n’est pas dans les commentaires, mais dans mes posts. Je ne censure aucun commentaire, favorable ou défavorable, et ne le ferai jamais tant que ceux-ci respectent chacun, et qu’aucune grossièreté ou insulte n’est écrite.
L’anonymat de mes lecteurs est un droit que je respecte. En revanche, lorsqu’une personne, professionnelle du monde de la voile, qui plus est directement concernée par le sujet, intervient et écrit un commentaire, il me semble juste et honnête que les lecteurs de ce blog sachent qui émet cet avis. Ce qui est le cas pour le dernier commentaire de seablue.
Alors chère Anne Massot,
attachée presse de la Volvo Ocean Race,
la prochaine fois que tu écris un commentaire, signe-le s’il te plaît, que tout le monde sache qu’il n’est pas neutre, mais partial…
Bien cordialement,
Loïc Le Bras
Je trouve cette réaction très petite. Je pense que vous auriez mieux fait d’inviter seablue à se dévoiler plutôt qu’à le faire vous-même. Sa non-réponse vous aurais donné raison, alors que maintenant, vous en sortez perdant !
Je signe souvent Lino328, pseudo qu’à moitié anonyme.
(328 est un beau numéro, n’est-ce pas Loïc?)
Loic
Comme tu le dis si bien chacun est libre de faire les commentaires qu’il désire sur tel ou tel sujet …
L’Anonymat est, bien que frustrant parfois j’en conviens, est un droit aussi
Je crois sincèrement que là tu n’aurais pas du
Bien à toi
Sebastien Destremau
http://www.destopnews.tv
Il faut avoir du sang froid quand on lance des polémiques ou des attaques sur son blog et vous en avez manqué visiblement.
Jeter un nom en pâture ou révéler l’identité (présumée) d’un commentateur est une erreur, ca ne se fait pas ou en tout cas pas comme ça.
Lorsque le commentateur est l’attachée de presse de l’organisation mise en cause, révéler son identité est un devoir. Elle avait le choix entre deux options : commenter en s’identifiant clairement, ou se taire. Elle a choisi une méthode petite et partiale qui ne peut que nuire à son employeur. Je ne comprends même pas qu’on puisse tenter un truc pareil en croyant que ça va passer. C’est à la fois petit et incompétent.
L’article de Loic Lebras est tout à fait pertinent (et c’est rare dans le journalisme actuel…). @seablue : vous avez parfaitement résumé la situation, la Volvo est devenue aussi inintéressante et ridicule que le Dakar… En ce qui concerne la sécurité des marins, c’est l’organisation de la Volvo qui a fait le choix dangereux de les envoyer dans cette partie du monde en « guerre », et je persiste, sans que cela n’ait aucun intérêt sportif….je vous rassure, cela ne me fait absolument pas rire !
@LoicLeBras : Merci pour ce blog, et au plaisir de continuer à te lire
Aaah, dieu pognon !!!!!!
Wil Wargnier (je suis anonyme là ?)
Ce qui est surprenant, c’est que la discussion tourne autour de la question de l’anonymat ou non des commentateurs, mais le fond de ce que mentionne Anne Massot n’est simplement pas analysé. Que Mme Massot soit l’attachée de presse de la VOR n’enlève rien à la pertinence de son message. J’étais d’ailleurs tenté de poster à peu près les mêmes éclairages, et je ne suis pas payé par Volvo, je me suis simplement intéressé au sujet pour d’autres raisons. Comparer l’indien à Malacca n’est pas judicieux, la situation est différente, et les attaques ne visent pas les mêmes objectifs. Malacca a par ailleurs été bien nettoyé (pour parler à la Sarko) et le passage est largement plus sûr qu’il y a une décennie. D’autres part, équiper les cargo de barbelé est une mesure complètement habituelle exigée par les assureurs. Cet équipement peut dans certains cas retarder un abordage – car les pirates ne tirent pas au lance roquette sur les cargos – et permettre une intervention externe. Ce n’est pas du show à la James Bond, c’est la routine. Il suffit d’observer les autres bateaux et de se renseigner. Quant au choix d’aller ou pas à Abu Dhabi, laissons à ceux qui organise les courses gérer les contraintes que ça représente. Pas de sous pas de course, c’est simple même si c’est regrettable. Mais là on entre dans un autre débat.
Marc Lièvremont, sors immédiatement du corps de Loïc Le Bras !!!
A force de suivre le rugby ça devait arriver.
Pour ce qui est de la Volvo, sportivement ça reste une course, mais ça fait juste un peu moins rêver.
Vivement qu’ils retrouvent le sud et prions pour que Panama ne soit pas partenaire de la prochaine édition.
La VOR fait un stopover à Abu Dhabi parce que l’émirat a payé 25 millions d’euros cash à l’organisation et participe avec une équipe.
Sans la bouée de sauvetage des petrodollars, il n’y aurait pas eu de VOR 2011-12.
C’est aussi simple que cela!!