En onze participations étalées sur près de 40 ans, la France n’a jamais brillé sur la Coupe de l’America.

 

Une finale des challengers en 1980 avec Bruno Troublé, deux demi-finales de la Louis Vuitton Cup en 1986 et 1992 avec Marc Pajot, voilà nos meilleurs résultats. Le reste n’est pas très glorieux…

 

A l’exception de 1992 et 1995, la France n’a jamais vraiment eu les moyens financiers de jouer dans la cour des grands. Aujourd’hui encore, le dernier défi français en lice, celui d’Energy Team des frères Peyron, n’a toujours pas bouclé son budget.

 

Pourtant, la France n’a jamais eu en 40 ans une aussi belle occasion de remporter la Louis Vuitton Cup et de disputer la vraie Coupe de l’America, c’est-à-dire le match face au Defender.

 

D’abord parce qu’il n’y a pour l’instant que trois challengers officiels, contre une bonne dizaine sur les sept dernières éditions. Ensuite et surtout, parce que l’accord architectural passé avec le Defender Oracle donne l’opportunité aux Français de disposer du probable meilleur bateau de tous les challengers. Ce qui n’a jamais été vraiment le cas par le passé…

 

Cet accord, dévoilé au début du mois, va permettre à Energy Team de bénéficier gratuitement de toutes les données architecturales du Defender afin de construire le même (ou presque) AC72 que les Américains. Une grande première dans l’histoire de la Coupe de l’America.

 

Du coup, le budget initialement recherché de 50 millions d’euros sur trois ans a été ramené à seulement 15 millions d’euros sur deux ans, soit moins de 8 millions par an. Pour rappel, Groupama dépense plus de 17 millions d’euros par an sur trois ans pour la Volvo Ocean Race. Soit le double !

 

Un budget donc largement abordable pour nombre de grandes entreprises françaises qui pourraient décrocher le jackpot. Un faible investissement pour des retombées énormes. Car la prochaine Coupe de l’America aura un grand retentissement médiatique dans le monde entier par sa nouveauté, les images spectaculaires des catamarans à aile et la qualité de la production télévisuelle. Les America’s Cup World Series en sont un bon avant-goût.

 

Mais quel intérêt pour les Américains ?

 

D’abord, s’assurer qu’un quatrième challenger s’inscrive. Parce qu’à trois, il n’y a même pas de quoi faire des demi-finales ! Ce serait un échec de la nouvelle formule.

 

Ensuite, il ne faut pas oublier la célèbre phrase de Dennis Conner : « La Coupe de l’America, il faut la gagner, puis changer les règles pour la conserver ! » Larry Ellison l’a gagnée et a changé les règles… Pour l’aspect spectaculaire bien sûr, mais aussi parce que les Américains avaient une grande avance sur la recherche en matière d’aile rigide. L’objectif final reste quand même de la conserver.

 

Et en offrant les plans de leur premier AC72 aux Français, ils introduisent un espion parmi les challengers. Car l’AC72 d’Energy Team, sistership du premier d’Oracle, permettra au defender de comparer les performances des Français par rapport à Team New Zealand, Luna Rossa et Artemis lors de la Louis Vuitton Cup. Une mine d’informations en vue de leur duel final !

 

Et si les Français venaient à remporter la Louis Vuitton Cup, les Américains auraient comme adversaire un catamaran qu’ils connaissent par cœur puisqu’ils l’ont dessiné ! Et on peut penser que leur deuxième AC72, qui en sera une évolution, sera plus performant. Leur chance de conserver la Coupe augmente de facto. CQFD !

 

Heureusement, ce sont aussi les hommes qui peuvent faire la différence. L’espoir de remporter la Coupe de l’America et de descendre les Champs Elysées avec le plus vieux trophée sportif au monde n’a donc jamais été aussi immense en France. Reste à boucler le budget dans les deux mois pour continuer de rêver…