A l’heure où les regards se tournent vers Les Sables d’Olonne pour le départ du prochain Vendée Globe, il me semble tout à fait propice d’évoquer à nouveau le grand débat qui a animé la classe Imoca l’hiver dernier, et qui ne manquera pas de l’animer encore après l’arrivée de ce 7e Vendée Globe. Pourquoi maintenant ? Parce que c’est, je pense, quand les projecteurs sont tournés vers une classe qu’il faut en profiter pour mener le débat et interroger un maximum de personnes concernées.

 

Alors ? Pour ou contre le passage de l’Imoca à la monotypie ?

 

Dans notre numéro de février dernier, nous avions interrogé vingt professionnels (coureurs, architectes, constructeurs, directeur de course et sponsor). Onze s’étaient déclarés contre et sept pour le passage à la monotypie – deux ne s’étaient pas prononcés.

 

Sur notre site Internet, nous avions également effectué un sondage auprès de vous, internautes. Résultat : 67,4% de NON et 32,6% de OUI.

 

Personnellement, je pense que ce serait une erreur.

 

En relisant, cet article de février, on s’aperçoit que les partisans de la monotypie avancent deux arguments majeurs. D’abord, pour raison économique. Et ensuite pour l’égalité sportive.

 

Pour la seconde raison, il n’y a rien à dire. La monotypie est la meilleure solution existante pour assurer une véritable équité sportive. Il suffit de voir à quel point les courses en Figaro sont disputées. Ou bien le formidable suspense qu’a procuré le premier European Tour des MOD 70. On est tous d’accord là-dessus.

 

Mais pour la première raison, l’exemple des MOD 70, justement, prouve que la monotypie ne réduit pas les coûts. L’économie sur le coût de construction est rapidement effacée par les dépenses liées au contrôle de la monotypie. Et ce n’est pas la monotypie qui empêchera une équipe de dépenser plus si elle le souhaite. Soit dans les salaires des équipiers et techniciens, soit dans les jours d’entraînement. Ou autres…

 

A l’inverse, il me semble que le passage à la monotypie entraînerait deux grands changements.

 

D’abord la fin de l’innovation et de l’évolution dans l’architecture navale. Quelle classe resterait-il pour faire évoluer nos bateaux ? Les Minis 6.50 ? C’est un peu court… Les Grand Prix de Formule 1 et la Coupe de l’America, fleurons de leurs disciplines respectives, se disputent sur des prototypes.

 

Mais le plus grave selon moi serait que le passage à la monotypie nivellerait les budgets vers le haut. Ce serait la fin, faute d’un budget suffisamment conséquent, de tous ces concurrents aventuriers qui ont autant marqué le Vendée Globe que les champions aux coques bardées de sponsors.

 

Rien que cette année, Louis Burton, Bertrand de Broc, Zbigniew Gutkowski, Samantha Davies, Tanguy de Lamotte et Alessandro di Benedetto ne seraient certainement jamais partis. Comment pourrait-on se passer de ces marins qui écrivent eux aussi les plus belles pages de l’histoire du Vendée Globe ? Adieu Norbert Sedlacek, le conducteur de tram viennois. Bye-bye Bruce Schwab qui jouait de la guitare électrique dans le Grand Sud ! Fini les hurluberlus comme Fedor Konyoukhov et les doux rêveurs comme Raphaël Dinelli. Il n’y aurait plus que des sportifs professionnels. Ça va paraître long un Vendée Globe qu’avec des athlètes de haut niveau, un brin formatés et tous pros de la com’…

 

Que dire de Jean Le Cam et Jérémie Beyou ? Aurait-il trouvé un sponsor et un bateau disponible à dix mois du départ ? Je ne crois pas. Parce qu’il n’y aurait pas eu de bateau encore dispo. Et s’il en restait un ou deux, leurs prix de location ou d’achat auraient probablement été bien supérieurs à ceux des deux bateaux qu’ils ont trouvés. Maître Coq et Synerciel aurait-il sponsorisé ces deux grands marins s’il avait fallu aligner 500 000 € de plus sur la table ? On ne manquera pas de leur demander aux Sables d’Olonne pour alimenter le débat…

 

Pour réduire les coûts, il y a certainement des mesures intermédiaires à prendre entre une classe tout open et la monotypie. On sait que les talons d’Achille de tous les bateaux – et en particulier des Imoca – sont les quilles et les mâts. Commençons par là ! Avec des mâts et des quilles monotypes, cela réduirait les dépenses sur la recherche. Cela réduirait les coûts de fabrication. Cela réduirait certainement les avaries, et donc les frais supplémentaires lorsqu’il faut rapporter un bateau par cargo depuis Ushuaïa ou ailleurs. Et si les bateaux cassent moins, cela réduirait peut-être – je ne m’avance pas trop sur ce dernier point – les polices d’assurance. Je pense que Groupe Bel ou DCNS aurait apprécié en 2008 que leur skipper respectif puisse repartir trois jours plus tard avec un nouveau mât – puisqu’il y en aurait toujours quelques-uns d’avance – plutôt que de voir leur investissement tomber à l’eau après seulement 24 ou 48 heures de course !

 

Pour conclure, je laisse le mot de la fin à Michel Desjoyeaux dans l’article de Voiles et Voiliers de février : « Il ne faut pas scier la branche sur laquelle ces gens-là sont assis. C’est une attitude de pyromane qui se veut pompier ! »

 

La balle est maintenant entre les mains de la SAEM Vendée. Parce qu’au final, ce sont eux qui décident quels bateaux peuvent disputer le Vendée Globe. Et on sait que les Imoca sont d’abord conçus pour cette course unique au monde…