La bagarre en tête du Vendée Globe entre Armel Le Cléac’h et François Gabart est passionnante à suivre. D’autant plus intéressante que les deux navigateurs présentent plusieurs points communs et en même temps des différences notables.

 

Question points communs, on retiendra en premier qu’ils naviguent sur deux sisterships VPLP-Verdier construits chez CDK. Mais malgré un gréement thonier assez similaire, ils ont néanmoins opté pour des configurations de voiles différentes, comme l’a montré la meilleure vitesse de François Gabart dans la traversée de l’Océan Indien.

 

Autre point commun : ils ont été formés à l’école de la Solitaire du Figaro, et plus précisément du Centre d’Entraînement de Port-La Forêt. Et pourtant, forts de ce cursus similaire, les deux solitaires naviguent très différemment.

 

J’en veux pour preuve un nombre éloquent : celui des milles réellement parcourus depuis le départ. Armel Le Cléac’h, nouveau leader depuis ce mardi 18 décembre au matin, a parcouru exactement 13 734 milles (15,1 nœuds de moyenne) depuis Les Sables d’Olonne. François Gabart, 14 288 milles (15,7 nœuds de moyenne). Soit 554 milles de plus qu’Armel ! L’équivalent d’une journée et demie de mer. Et pourtant, les deux hommes sont au coude à coude. Autre parenthèse : la moyenne de Mich’ Desj’ était de 14 nœuds il y a quatre ans. 1,7 nœud d’écart, c’est énorme !!!

 

Et contrairement à ce que ces nombres peuvent faire penser, c’est Armel qui prend le plus de risques. Je m’explique…

 

François va vite, mais parcourt plus de chemin pour aller chercher des systèmes météo. Ainsi, il est toujours sûr d’avoir du vent. De son côté, Armel tente plus de coups tactiques. Il se détache du lot par sa façon d’analyser la météo.

 

Ce fut le cas au large du Portugal, lorsque Vincent Riou a été le premier à empanner vers le large. François Gabart a continué plus longtemps vers le sud. Armel n’a suivi aucun de ses adversaires. Il a fait sa route et empanné à mi-chemin entre Vincent et Armel. Résultat, il a pris les commandes le vendredi 16 novembre et les a conservées pendant 15 jours.

 

Rebelote au passage de Sainte-Hélène. Tandis que Jean-Pierre Dick et François Gabart partent plein sud pour contourner l’anticyclone, Armel Le Cléac’h file tout droit. Certains lui prédisent le pire – Jean Le Cam annonce même qu’Armel va se planter dans l’anticyclone et que lui (Jean) va le rattraper ! Et finalement, le skipper de Banque Populaire s’en sort admirablement bien et reprend les commandes avant le passage de Bonne Espérance.

 

A la porte de Crozet, on prend les mêmes et on recommence. Dick, Gabart, Stamm et Thomson attaquent la porte par le sud. Armel, en tête, part tout seul au nord pour traverser l’anticyclone le premier. Résultat : il se retrouve à 140 milles derrière avant de repasser en tête et compter jusqu’à 50 milles d’avance sur Gabart. Encore un super coup tactique !

 

J’avoue que j’aime bien cette façon de naviguer d’Armel qui consiste à ne pas suivre les autres et surtout à ne pas suivre aveuglément les routages proposés. On verra à l’arrivée qui avait raison d’Armel ou de François. Celui qui ose une route plus courte en flirtant avec les anticyclones ou celui qui attaque de tous les côtés et n’hésite pas à se rallonger la route pour rester toujours dans du vent fort…