A force d’admirer le duel de tête entre François Gabart et Armel Le Cléac’h, on en oublierait presque qu’ils disputent le Vendée Globe. Mais en moins de 36 heures, la course la plus dure en solitaire vient de rappeler à quel point elle pouvait aussi être cruelle.

 

C’est d’abord Alessandro di Benedetto qui enchaîne les problèmes et pertes de voiles d’avant, avant de se casser une côte dans un empannage involontaire. Pour m’être “juste“ fêlée une côte en bateau, mais en équipage, je compatis terriblement et n’ose imaginer la douleur permanente que doit ressentir Alessandro à chaque manœuvre, chaque déplacement sur son bateau, voire peut-être à chaque respiration. Les dernières semaines de course vont lui paraître bien longues…

 

Ce matin, c’était au tour de Jean-Pierre Dick d’être frappé par l’adversité en perdant sa quille à 550 milles dans le nord-ouest des Canaries. Pauvre Jipé ! Au sud de l’Australie, il s’est fait décrocher par le duo de tête à cause d’un tout petit retard de 20 milles qui s’est transformé en quelques jours en 400 milles. Coup dur alors qu’il avait réalisé jusque-là une course impeccable. Encore pouvait-il rêver d’accrocher son premier podium après sa 6e place en 2005 et son abandon en 2008 au sud de l’Australie alors qu’il était en tête. Mais ce ne sera très probablement pas le cas. Décidément malchanceux !

 

Grâce à son expérience, son sens marin et sa rapidité d’intervention, Jean-Pierre a pu éviter à son monocoque de chavirer. Ballasts remplis, il navigue même à 8 nœuds… Mais vers où ? Il ne l’a pas encore précisé. Comme il n’a pas encore abandonné.

 

Peut-il terminer la course sans quille ? C’est techniquement possible. En 2005, Mike Golding avait perdu sa quille à une cinquantaine de milles de l’arrivée et avait été le premier à réussir à stabiliser son bateau à l’endroit. Il avait fini 3e. En 2009, Marc Guillemot avait perdu sa quille au nord des Açores à environ 1400 milles de l’arrivée. Les conditions météo favorables lui avaient permis de revenir aux Sables. Il avait fini 3e. Aujourd’hui, Jean-Pierre est encore à plus de 2100 milles de l’arrivée. Il pourrait établir un nouveau record de distance parcourue sans quille sur le Vendée Globe ! Mais prendra-t-il un tel risque ?

 

En 2009, Roland Jourdain avait perdu sa quille à environ 500 milles dans le sud-ouest des Açores qu’il avait réussi à rejoindre par ses propres moyens. L’idée de continuer jusqu’aux Sables l’avait effleuré un court instant. Très court ! Car comment oser prendre le risque de perdre son bateau entre les Açores et les Sables alors qu’on est passé à côté d’un port ? Comment expliquer à son assurance qu’on a privilégié la compétition à la sécurité du bateau et celle du marin ? Pour Bilou, la décision, aussi lourde soit-elle, s’était imposée d’elle-même…