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Monthly Archives: juin 2013

Oracle au carré

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A moins de dix jours du début de la Louis Vuitton Cup, Oracle Team USA, le defender, fait une démonstration de force en sortant pour la première fois ses deux AC72 en même temps dans la baie de San Francisco. © photo : Guilain Grenier / Oracle Team USA

 

 

Dans le brouillard de la baie de San Francisco, les deux ailes de 40 mètres de haut percent au-dessus de la brume caractéristique de la baie. © photo : Guilain Grenier / Oracle Team USA

 

 

L’avantage des tests à deux bateaux est de pouvoir, notamment, essayer différentes combinaisons de voiles d’avant. C’est déjà le cas sur la photo du haut avec deux focs différents (surface, creux et chute) et encore plus flagrant sur cette image avec un petit foc et un grand génois. Pouvoir naviguer bord à bord avec ses deux bateaux est un luxe que seul Oracle semble pouvoir s’offrir. Battre les Américains en septembre sera une sacrée gageure pour le challenger (TNZ ?) vainqueur de la Louis Vuitton Cup. © photo : Guilain Grenier / Oracle Team USA

 

Joyon, l’extra-marin !

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Francis Joyon vient d’une autre planète mer ! Ce n’est pas un extraterrestre, c’est un extra-marin… Cet homme est tout simplement hallucinant.

 

En soufflant à Thomas Coville le record de l’Atlantique Nord en 5 jours 2 heures 56 minutes (16 heures 24 minutes de mieux que Coville), il s’est offert le grand chelem en détenant désormais les quatre plus grands records en solitaire : Tour du Monde, 24 heures, Route de la Découverte et New York/Cap Lizard. Et il attend désormais avec impatience que Thomas Coville le batte sur l’un de ses chronos pour pouvoir justifier de repartir à la conquête dudit record perdu… Tout simplement !

 

« Pour faire un beau vainqueur, il faut un beau deuxième »  a déclaré Jean Le Cam à l’arrivée du Vendée Globe 2004-05. Eh bien pour faire un beau détenteur de record, il lui faut un grand adversaire. Quand on connaît le talent et la pugnacité de Thomas Coville, cela ne fait que renforcer l’admiration que l’on a pour Joyon. Certes, Coville était occupé par la Volvo Ocean Race ces deux dernières années, mais il a quand même échoué à deux reprises à battre le record de Joyon sur le Tour du Monde en solitaire.

 

 

Un physique de rugbyman, des mains à briser les noix de coco et une voix calme et douce… Francis Joyon, 57 ans, est une force de la nature mystérieuse et paradoxale. © photo : Jean-Marie Liot / DPPI / IDEC

 

Discret et un brin taiseux, Joyon a vite retrouvé sa maison de Locmariaquer, dans le Morbihan, bien loin de l’excitation médiatique qui a suivi son record. Il n’est pas du genre à profiter de son quart d’heure de gloire. Et comme l’homme est aussi modeste que ses mots sont rares, il faut lire et relire ses déclarations à l’arrivée de son record pour mesurer l’incroyable exploit qu’il a réalisé.

 

« Sur ces bateaux, nous sommes en permanence à la limite du chavirage. Il faut réguler tout le temps les voiles pour soulager le bateau quand il plante dans les vagues. Les trois premiers jours, j’étais inquiet. Au quatrième, j’étais blindé : je m’étais habitué à un niveau de stress jusqu’alors inconnu pour moi ! »

 

Ah oui quand même ! Venant de la part d’un marin d’une telle expérience, on n’ose imaginer l’enfer d’un tel record en solo.

 

« Dès les premières journées, j’ai compris qu’il fallait aligner les milles pour compenser ma route (sud) plus longue. Cela m’a obligé à tenir des vitesses très élevées (26,20 nœuds de moyenne sur le fond !). Mon record des 24h m’a bien aidé dans cette optique. Après “quelques“ années de multicoque, je découvre que nous pouvons demander encore plus à ces maxi trimarans. Je croyais que j’étais déjà au maximum, j’ai découvert un nouveau potentiel. Les vitesses de 35 nœuds sont atteintes et dépassées. Nous pouvons même chercher les 40 nœuds, voire plus… »

 

Quand on sait que Joyon n’est pas du genre à en faire des tonnes, on se dit que vraiment, on ne vient pas de la même planète mer…

 

Yann Eliès a-t-il tué la Solitaire 2013 ?

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L’an dernier Yann Eliès avait réalisé un exploit en remportant la Solitaire du Figaro pour sa treizième participation. Pourquoi un exploit ? Déjà parce que c’est l’épreuve la plus relevée de la course au large, solitaire et équipage compris, et donc que tout vainqueur réalise un exploit. Ensuite, parce qu’avec un budget réduit et un sponsor de dernière minute, il a prouvé que la motivation était plus forte que l’argent. Une leçon à méditer pour tous ceux qui se lancent dans cette épreuve unique en son genre.

 

En s’imposant l’an passé, Yann Eliès est aussi devenu le premier fils de vainqueur à remporter la Solitaire après son père, Patrick Eliès en 1979. Mais en remportant deux étapes sur trois, il n’avait pas réussi à égaler la performance de son paternel, seul vainqueur du grand chelem*, c’est-à-dire des quatre étapes la même année – ce qui n’était de toute façon pas possible puisqu’il n’y en avait que trois en 2012 !

 

Mais Yann Eliès s’apprête à faire mieux que son géniteur puisqu’il est en bonne voie pour rejoindre le club très fermé** – ils ne sont que 10 pour l’instant ! – des multiples vainqueurs de la Solitaire. En effet, le skipper de Groupe Queguiner/Leucémie Espoir a fait main basse sur cette édition 2013 dès la première étape Pauillac/Porto avec 44 minutes d’avance sur le deuxième (Fred Duthil) et plus de 1h sur le quatrième (Xavier Macaire). Pour rappel, il n’avait que 33 minutes d’avance sur Morgan Lagravière en 2012 au terme des trois étapes de l’épreuve.

 

Et comme Yann Eliès est un grand champion, il va parfaitement gérer cette avance, comme il l’a intelligemment fait sur la deuxième étape entre Porto et Gijon, qu’il termine à la 5e place. Mais cela n’enlève rien à la beauté de cette épreuve et au plaisir qu’on a de suivre chaque étape. Qui va remporter les deux dernières manches ? Michel Desjoyeaux, seul triple vainqueur en course, va-t-il revenir dans le Top 10 après ses deux premières étapes loupées (21e et 13e) ? Qui grimpera sur le podium pour entourer le futur double vainqueur ? Cette 44e édition a peut-être perdu de son suspense, mais le niveau est toujours aussi impressionnant.

 

La troisième étape Gijon/Roscoff vient de s’élancer et déjà les fichiers météo et les logiciels de routage tournent à plein régime chez tous les passionnés de voile en général, de compétition en particulier, et encore plus chez tous les coureurs qui ont goûté un jour à l’adrénaline de la course en solitaire. Une drogue dure, 100% naturelle…

 

 

 

 

* En 1973, Gilles Le Baud avait lui aussi remporté toutes les étapes, mais il n’y en avait que trois, comme en 2012. Gilles Le Baud qui, à 64 ans, retrouve ses premières amours sur l’édition 2013 de la Solitaire.  

 

** Club des multiples vainqueursGuy Cornou (1975, 1976), Gilles Le Baud (1973, 1978), Gilles Gahinet (1977, 1980), Philippe Poupon (1982, 1985, 1995), Jean-Marie Vidal (1972, 1987), Jean Le Cam (1994, 1996, 1999), Michel Desjoyeaux (1992, 1998, 2007), Nicolas Troussel (2006, 2008), Armel Le Cléac’h (2003, 2010), Jérémie Beyou (2005, 2011)… et désormais Yann Eliès (2012, 2013) !

 

MAJ 16.06 : incroyable retournement de situation sur la 3e étape ! Classé 21e avec 2h de retard, Yann Eliès – à cause d’un problème d’étai – a perdu toute son avance et se retrouve 3e au classement provisoire, à 30 minutes de Fred Duthil, à une étape de la fin de la Solitaire. Preuve que tout peut arriver en course – même en Figaro ! – et qu’on peut se tromper. Non, Yann Eliès n’a pas tué la Solitaire 2013…

 

MAJ 22.06 : Il ne l’a pas tuée, mais il l’a quand même remportée…  au terme d’une 4e étape époustouflante ! Depuis l’avènement de la monotypie au début des années 90, Yann Eliès devient le premier marin à remporter l’épreuve deux fois de suite. Seul Guy Cornou l’avait fait avant lui en 75 et 76 sur la Course de l’Aurore. Chapeau l’artiste !

 

Une Coupe en berne

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D’habitude, à moins d’un mois du coup d’envoi de la Louis Vuitton Cup, c’est l’excitation générale autour de l’America’s Cup. Qui sont les favoris ? Quelles évolutions va-t-on découvrir sur les Class America ? Quelles sont les dernières histoires d’espionnage ou de secrets mal gardés ?

 

Cette année, difficile de s’enthousiasmer, notamment depuis la tragique disparition d’Andrew Simpson le 10 mai dernier lors du chavirage de l’AC72 d’Artemis. Pourtant, ces catamarans à aile de 22 mètres de long sont des machines hors du commun, capables de voler sur l’eau et d’accélérations phénoménales. Mais le nombre très limité de challengers et les malheurs d’Artemis ont largement terni l’image de cette 34e édition.

 

Depuis ce terrible accident, la Coupe a vécu au ralenti, au rythme des enquêtes et des rapports d’experts. Fin mai, Iain Murray, le Directeur de Course, a présenté 37 nouvelles recommandations pour améliorer la sécurité en course.

 

Parmi elles, on notera celle de réduire de sept à cinq le nombre de Round Robin de la Louis Vuitton Cup en juillet afin de permettre aux équipes d’avoir plus de jours de maintenance de leurs catamarans.

- Une autre abaisse de 10 nœuds la limite de vent maximum pour régater. Cette limite ne sera plus que de 20 nœuds en juillet, 21 nœuds en août et 23 nœuds en septembre pour l’America’s Cup Match.

- Pour limiter les risques d’accident, cameraman et invité ne sont plus autorisés à monter à bord en course.

- La procédure de départ pourrait également être modifiée pour réduire les phases critiques.

- Deux bateaux de sauvetages devraient accompagner chaque équipe avec à bord de chacun un plongeur et un nageur de sauvetage prêts à intervenir.

 

- Enfin, une dernière mesure est spécialement taillée pour Artemis. La suppression des amendes si une équipe ne participe pas à une régate. Ça tombe bien puisque l’équipe suédoise a annoncé qu’elle ne mettra à l’eau son second AC72 que début juillet (soit quelques jours avant le début de la Louis Vuitton Cup le 7 juillet) et ne pourra pas régater avant fin juillet, c’est-à-dire avant les demi-finales.

Bref, si la règle des amendes est maintenue, Artemis devrait régler 1 million de dollars d’amendes (10 x 100 000 $) pour son forfait aux dix régates des Round Robin. Pour lui éviter cela, Team New Zealand et Luna Rossa avaient proposé de repousser le début des régates au 19 juillet, de réduire à seulement trois le nombre de Round Robin et de supprimer les demi-finales. Une proposition à laquelle Artemis s’est opposé grâce à son veto en tant que Challenger of Record.

 

Du coup, le mois de juillet va se limiter à un duel entre Team New Zealand et Luna Rossa pour savoir lequel des deux rejoindra directement la finale, et lequel attendra Artemis en demi. Autre conséquence, il n’y aura plus que cinq matchs au lieu des quinze prévus entre les trois challengers.

 

Cinq matchs en un mois, cela risque de paraître un peu long…