L’an dernier Yann Eliès avait réalisé un exploit en remportant la Solitaire du Figaro pour sa treizième participation. Pourquoi un exploit ? Déjà parce que c’est l’épreuve la plus relevée de la course au large, solitaire et équipage compris, et donc que tout vainqueur réalise un exploit. Ensuite, parce qu’avec un budget réduit et un sponsor de dernière minute, il a prouvé que la motivation était plus forte que l’argent. Une leçon à méditer pour tous ceux qui se lancent dans cette épreuve unique en son genre.

 

En s’imposant l’an passé, Yann Eliès est aussi devenu le premier fils de vainqueur à remporter la Solitaire après son père, Patrick Eliès en 1979. Mais en remportant deux étapes sur trois, il n’avait pas réussi à égaler la performance de son paternel, seul vainqueur du grand chelem*, c’est-à-dire des quatre étapes la même année – ce qui n’était de toute façon pas possible puisqu’il n’y en avait que trois en 2012 !

 

Mais Yann Eliès s’apprête à faire mieux que son géniteur puisqu’il est en bonne voie pour rejoindre le club très fermé** – ils ne sont que 10 pour l’instant ! – des multiples vainqueurs de la Solitaire. En effet, le skipper de Groupe Queguiner/Leucémie Espoir a fait main basse sur cette édition 2013 dès la première étape Pauillac/Porto avec 44 minutes d’avance sur le deuxième (Fred Duthil) et plus de 1h sur le quatrième (Xavier Macaire). Pour rappel, il n’avait que 33 minutes d’avance sur Morgan Lagravière en 2012 au terme des trois étapes de l’épreuve.

 

Et comme Yann Eliès est un grand champion, il va parfaitement gérer cette avance, comme il l’a intelligemment fait sur la deuxième étape entre Porto et Gijon, qu’il termine à la 5e place. Mais cela n’enlève rien à la beauté de cette épreuve et au plaisir qu’on a de suivre chaque étape. Qui va remporter les deux dernières manches ? Michel Desjoyeaux, seul triple vainqueur en course, va-t-il revenir dans le Top 10 après ses deux premières étapes loupées (21e et 13e) ? Qui grimpera sur le podium pour entourer le futur double vainqueur ? Cette 44e édition a peut-être perdu de son suspense, mais le niveau est toujours aussi impressionnant.

 

La troisième étape Gijon/Roscoff vient de s’élancer et déjà les fichiers météo et les logiciels de routage tournent à plein régime chez tous les passionnés de voile en général, de compétition en particulier, et encore plus chez tous les coureurs qui ont goûté un jour à l’adrénaline de la course en solitaire. Une drogue dure, 100% naturelle…

 

 

 

 

* En 1973, Gilles Le Baud avait lui aussi remporté toutes les étapes, mais il n’y en avait que trois, comme en 2012. Gilles Le Baud qui, à 64 ans, retrouve ses premières amours sur l’édition 2013 de la Solitaire.  

 

** Club des multiples vainqueursGuy Cornou (1975, 1976), Gilles Le Baud (1973, 1978), Gilles Gahinet (1977, 1980), Philippe Poupon (1982, 1985, 1995), Jean-Marie Vidal (1972, 1987), Jean Le Cam (1994, 1996, 1999), Michel Desjoyeaux (1992, 1998, 2007), Nicolas Troussel (2006, 2008), Armel Le Cléac’h (2003, 2010), Jérémie Beyou (2005, 2011)… et désormais Yann Eliès (2012, 2013) !

 

MAJ 16.06 : incroyable retournement de situation sur la 3e étape ! Classé 21e avec 2h de retard, Yann Eliès – à cause d’un problème d’étai – a perdu toute son avance et se retrouve 3e au classement provisoire, à 30 minutes de Fred Duthil, à une étape de la fin de la Solitaire. Preuve que tout peut arriver en course – même en Figaro ! – et qu’on peut se tromper. Non, Yann Eliès n’a pas tué la Solitaire 2013…

 

MAJ 22.06 : Il ne l’a pas tuée, mais il l’a quand même remportée…  au terme d’une 4e étape époustouflante ! Depuis l’avènement de la monotypie au début des années 90, Yann Eliès devient le premier marin à remporter l’épreuve deux fois de suite. Seul Guy Cornou l’avait fait avant lui en 75 et 76 sur la Course de l’Aurore. Chapeau l’artiste !