Francis Joyon vient d’une autre planète mer ! Ce n’est pas un extraterrestre, c’est un extra-marin… Cet homme est tout simplement hallucinant.

 

En soufflant à Thomas Coville le record de l’Atlantique Nord en 5 jours 2 heures 56 minutes (16 heures 24 minutes de mieux que Coville), il s’est offert le grand chelem en détenant désormais les quatre plus grands records en solitaire : Tour du Monde, 24 heures, Route de la Découverte et New York/Cap Lizard. Et il attend désormais avec impatience que Thomas Coville le batte sur l’un de ses chronos pour pouvoir justifier de repartir à la conquête dudit record perdu… Tout simplement !

 

« Pour faire un beau vainqueur, il faut un beau deuxième »  a déclaré Jean Le Cam à l’arrivée du Vendée Globe 2004-05. Eh bien pour faire un beau détenteur de record, il lui faut un grand adversaire. Quand on connaît le talent et la pugnacité de Thomas Coville, cela ne fait que renforcer l’admiration que l’on a pour Joyon. Certes, Coville était occupé par la Volvo Ocean Race ces deux dernières années, mais il a quand même échoué à deux reprises à battre le record de Joyon sur le Tour du Monde en solitaire.

 

 

Un physique de rugbyman, des mains à briser les noix de coco et une voix calme et douce… Francis Joyon, 57 ans, est une force de la nature mystérieuse et paradoxale. © photo : Jean-Marie Liot / DPPI / IDEC

 

Discret et un brin taiseux, Joyon a vite retrouvé sa maison de Locmariaquer, dans le Morbihan, bien loin de l’excitation médiatique qui a suivi son record. Il n’est pas du genre à profiter de son quart d’heure de gloire. Et comme l’homme est aussi modeste que ses mots sont rares, il faut lire et relire ses déclarations à l’arrivée de son record pour mesurer l’incroyable exploit qu’il a réalisé.

 

« Sur ces bateaux, nous sommes en permanence à la limite du chavirage. Il faut réguler tout le temps les voiles pour soulager le bateau quand il plante dans les vagues. Les trois premiers jours, j’étais inquiet. Au quatrième, j’étais blindé : je m’étais habitué à un niveau de stress jusqu’alors inconnu pour moi ! »

 

Ah oui quand même ! Venant de la part d’un marin d’une telle expérience, on n’ose imaginer l’enfer d’un tel record en solo.

 

« Dès les premières journées, j’ai compris qu’il fallait aligner les milles pour compenser ma route (sud) plus longue. Cela m’a obligé à tenir des vitesses très élevées (26,20 nœuds de moyenne sur le fond !). Mon record des 24h m’a bien aidé dans cette optique. Après “quelques“ années de multicoque, je découvre que nous pouvons demander encore plus à ces maxi trimarans. Je croyais que j’étais déjà au maximum, j’ai découvert un nouveau potentiel. Les vitesses de 35 nœuds sont atteintes et dépassées. Nous pouvons même chercher les 40 nœuds, voire plus… »

 

Quand on sait que Joyon n’est pas du genre à en faire des tonnes, on se dit que vraiment, on ne vient pas de la même planète mer…