C’est arrivé au cœur de l’été sans tambour ni trompette. Certains étaient déjà en vacances, ou préféraient suivre le Tour de France à la Voile, et n’y ont pas prêté attention. Pour d’autres c’était inéluctable. Plus rares étaient ceux, dans le milieu de la presse nautique, à croire en leur survie.

 

Mi-juillet, simultanément, les magazines Bateaux et Course Au Large ont déposé le bilan. Vous ne les trouverez plus en kiosque. A moins qu’un acheteur se profile et relance l’un ou les deux titres.

 

Bateaux me renvoie à mes lectures d’enfance, mes rêves d’Atlantique et de grande traversée en solitaire. Je vous parle d’un temps où on lisait Gérard Janichon, on jouait aux premières Atari, ou on pleurait Coluche et Balavoine. Chez nous, il y avait tous les magazines : Bateaux, Voiles et Voiliers, Régates, Neptune Nautisme. Notre père les achetait tous. Internet n’existait pas encore…

 

Bateaux me renvoie aussi à mes premiers pas dans la vie professionnelle. J’y ai débuté comme photographe, puis journaliste. Cinq belles années à découvrir le monde, à naviguer sur des bateaux magnifiques et de rares très moches. Je vous parle d’un temps où, pour se connecter à Internet, il fallait composer un numéro de téléphone sur son ordinateur et écouter sans respirer le boîtier du modem imiter sans cesse le bruit d’un gobelet qu’on écrase…

 

Depuis treize ans chez Voiles et Voiliers, j’ai assisté de loin à la mort lente de ce magazine historique. A ses rachats réguliers par divers groupes de presse qui l’ont essoré de son âme, notamment en changeant son format si pratique pour la bibliothèque du bord. Depuis quinze ans, Internet est devenu un nouveau média qui a causé l’érosion du lectorat de la presse en générale. Quotidiens, hebdomadaires, mensuels, généralistes ou spécialisés… Aucun n’y échappe. Et les crises successives des subprimes et des dettes souveraines ont divisé par deux ou trois les rentrées publicitaires.

 

Je n’ai jamais collaboré avec Course Au Large mais, en tant que passionné de régates, j’avais plaisir à le suivre régulièrement. Pendant treize ans pour Course Au Large et cinquante-huit ans pour Bateaux, ces magazines ont fait rêver des millions d’amoureux de la mer.

 

Si leur disparition nous renvoie à une part de notre passé, il nous renvoie aussi au présent et au futur. Et à la question que beaucoup se posent : qui sera le prochain ?